Dans ma série « Bien se connaître est fondamental pour s’épanouir personnellement dans la vie », et se baser sur ses passions comme puissant moyen d’apprendre à se connaître, je veux vous parler cette semaine de la passion des voyages.
A titre personnel, j’ai toujours été fasciné par les voyages, la découverte de nouveaux pays, de nouveaux paysages, de nouveaux peuples, de nouvelles cultures.
Mais curieusement, je ne m’étais jamais posé la question de ce que cette passion pouvait m’apprendre sur moi-même, et ce qu’elle pourrait m’apprendre sur mes talents et mes besoins en particulier dans un contexte professionnel.
Si vous aussi vous aimez les voyages, que vous en ayez réalisé beaucoup ou pas (*), et que vous vous interrogez sur vous-même, voire que vous ne savez pas bien qui vous êtes au fond, alors cet article est probablement fait pour vous.
(*) j’adore cette anecdote d’Hergé, le célèbre auteur des aventures de Tintin, qui n’a commencé à voyager que dans les années 50, et été capable de créer plusieurs de ses albums les plus célèbres (les Soviets, le Congo, l’Amérique, le Lotus bleu, entre autres) sans avoir jamais visité les pays concernés.
Le rôle clé des passions pour bien se connaître
Connaître ses passions est une chose, savoir les décrypter pour une meilleure connaissance de soi en est une autre.
En effet, chaque passion recèle en elle-même de précieuses informations, mais il est souvent difficile de savoir les décoder.
J’ai évoqué ces dernières semaines notamment :
Parfois même parler de ses passions, voire les identifier, relève du défi pour certaines personnes, qui me disent même « je n’ai pas de passion ». C’est un peu comme ceux qui me disent « je n’ai pas d’émotions » …
Ce que révèle la passion des voyages
Cette passion exprime en réalité divers aspects très différents et complémentaires :
- L’intérêt pour l’exploration, la découverte, l’apprentissage
- L’intérêt pour les paysages
- L’intérêt pour les peuples et/ou cultures différentes
- Elle peut exprimer le fait d’aimer le voyage plus encore que la destination : le fait de prendre l’avion pour une destination lointaine
- Elle peut traduire l’intérêt pour la préparation et l’organisation de ce voyage
- Ou encore l’envie de s’évader de son quotidien tout simplement
- Elle peut aussi permettre de passer du rêve à la réalité, notamment quand on a beaucoup lu de romans ou vu de films qui parlent d’une destination donnée.
- Elle peut même exprimer une quête plus personnelle : comment apprendre à mieux se connaître en se confrontant à l’altérité, comment mieux se recentrer sur soi en s’éloignant de son propre « berceau », sa propre famille.
Bien sûr, chaque destination de voyage permet d’apprendre des choses différentes sur soi-même.
Pour ma part, mon premier voyage aux USA en 1993 constituait à la fois une opportunité de vivre mon « rêve américain », d’aller là-bas, où tout est libre et tout est sauvage (pour paraphraser JJ Goldman).
Mon premier voyage en Afrique (l’Afrique du Sud en 2008) était une occasion de voir ces animaux si majestueux et impressionnants – l’éléphant, le lion, la girafe, le buffle … Et découvrir une nature qui ne ressemble à rien de connu chez nous.
Mon premier voyage en Australie (1996) était plus le rêve absolu, partir aux antipodes, et marcher la tête à l’envers à DownUnderLand comme ils l’appellent eux-mêmes suite à la chanson de Men At Work.
Mon premier voyage en Asie (en l’occurrence l’Inde en 2010), était une façon enfin de « boucler la boucle », mais aussi de me confronter à une culture très éloignée de la nôtre, de sortir un peu plus de ma zone de confort.
Aller au-delà des clichés des voyages
Tout cela est très intéressant, mais ne permet pas encore tirer des enseignements sur vous-même, en particulier à titre professionnel. Ce que la passion des voyages peut vous apprendre sur vous-même va en effet bien plus loin.
Curiosité et apprentissage
L’envie de voyager traduit souvent une recherche de nouveauté. Or cette quête est souvent associée chez les personnes à une forme de curiosité et un besoin d’apprendre (selon cette étude parue en 2018).
Bien sûr cette recherche de nouveauté peut se faire de plein de façons différentes selon les personnalités :
- Comprendre comment une société s’est construite, explorer son histoire ou ses systèmes politiques.
- S’intéresser aux rapprochements inattendus entre les cultures, les techniques, les paysages et les modes de vie
- Ou encore tester ses limites ou aimer improviser face à l’inconnu de l’exploration.
Créativité
Selon cette même étude, cette quête est aussi associée à l’ouverture à l’expérience, à l’extraversion et à la pensée divergente, la capacité à produire différentes idées ou solutions, autrement-dit la créativité.
Besoin d’autonomie
Voyager c’est aussi vivre dans une forme d’autonomie (qui peut être toute relative selon la nature du voyage choisi bien sûr). Ce sera particulièrement vrai chez ceux qui partent en sac à dos avec juste le premier billet d’avion en poche, se laissant porter par les événements une fois sur place.
Mais même dans un voyage relativement organisé, le voyage nous coupe de nos habitudes bien structurées, de nos horaires cadrés, de nos règles de vie habituelles. Et en ce sens il nous permet de vivre plus d’autonomie.
Les relations sociales, la connexion aux autres
Le voyage traduit aussi une envie de créer des opportunités de nouvelles rencontres, de se confronter à l’altérité, à la différence, et de tenter de se connecter à elle. Cela traduit une forme d’empathie particulière, celle qui recherche les relations sociales et la connexion humaine.
Questionner sa propre condition
En se confrontant à des cultures différentes, le voyage invite aussi à remettre en question ses propres habitudes, sa propre culture, ses propres normes. Il s’agit donc à la fois d’une forme de prise de recul, d’ouverture à la différence, et de quête de soi.
Eprouver ce qui compte vraiment pour soi, retrouver du sens
Deux personnes qui font le même trek peuvent en revenir avec des souvenirs radicalement différents.
J‘ai ce souvenir lors de la préparation de mon premier trek au Népal, d’avoir posé la question à mes camarades de voyages du « pour quoi » profond de leur voyage. L’un partait vraiment dans le but d’atteindre le sommet, un autre pour voir des paysages de montagne grandioses, un 3ème pour échanger avec les locaux, un 4ème parce qu’il avait envie de partager ce temps suspendu avec ses camarades. Pour ma part, ce sont ces longues heures de tranquillité, devenues rares dans notre vie quotidienne, qui m’ont comblé, mais ça je ne l’ai su qu’au retour.
Autant d’indices sur ce qui nourrit réellement chacun : le dépassement de soi, la contemplation, les relations, ou la reconnexion à soi, entre autres.
Parfois, le voyage permet de mieux identifier ce que l’on ne veut plus dans sa vie : le bruit des villes, ou au contraire la solitude, quitter les responsabilités écrasantes de son job, ou juste se débrancher de ses écrans envahissants.
Parfois encore, la rencontre avec des artisans passionnés par leur travail manuel va jouer un rôle de révélateur chez certains, qui redécouvrent la joie et le sentiment profond d’accomplissement de faire avec ses mains.
Se créer des souvenirs positifs
Pour certains – dont je fais partie – le voyage est l’occasion de fabriquer des tas de souvenirs positifs. En particulier si l’on aime faire des photos, qui permettent de relier, encore longtemps après, ces images avec les situations que l’on a vécues.
Lorsque je visionne les photos anciennes de mes voyages, et encore plus des diaporamas animés, où j’ai adjoint des musiques, alors je ressens de profondes émotions positives empreintes de nostalgie.
C’est une nostalgie positive et constructive, qui me donne envie de reproduire ces expériences.
Renforcer sa confiance en soi et son estime de soi
Le fait d’avoir su dépasser ses limites, d’être sorti de sa zone de confort, d’avoir osé visiter un pays qui, quelques années avant, nous aurait un peu fait peur, ou encore d’aller vers des voyages plus d’exploration et sans préparation, constitue une façon de renforcer sa confiance en soi (ce qu’Albert Bandura appelait les expériences de « maîtrise personnelle » dans sa théorie du sentiment d’auto-efficacité).
Mais plus encore, la rencontre avec des personnes nouvelles, sans a priori sur vous, permet de balayer tous les jugements reçus dans sa vie, par les autres et par soi-même, ce qui constitue une source pour restaurer son estime de soi.
Le fait de voyager peut inconsciemment révéler ce besoin chez la personne concernée de restauration de l’estime et la confiance en soi.
Quels liens avec les HPI / multi-potentiels (**) ?
La curiosité, l’apprentissage, et la créativité sont des secondes natures chez les multi-potentiels, au point qu’ils n’ont plus vraiment conscience qu’il s’agit d’une spécificité chez eux. Mais voyager avec d’autres personnes permet de mesurer à quel point son ouverture et sa curiosité sont plus développés que la moyenne.
Et la nature des voyages choisis – plus ou moins originaux et « difficiles » – peut vous en apprendre sur le niveau de votre curiosité et votre créativité personnelle.
L’autonomie est aussi un fort besoin chez ces profils, mais elle est souvent bridée par trois autres aspects : le besoin de connexion aux autres, leur dépendance au regard des autres, mais aussi différentes peurs. C’est pourquoi ils n’expriment pas toujours leur besoin d’autonomie dans les voyages.
Pour ma part il m’a fallu longtemps avant d’oser partir voyager un peu plus à l’aventure. Mais un indice me titillait : même si je ne partais pas vraiment à l’aventure, j’étais toujours fasciné par tous ces aventuriers. C’était un besoin profond chez moi.
Le besoin de connexion, comme je le dis plus haut, est aussi un besoin fondamental chez ces profils. Mais il est contrecarré par le fait qu’il leur est parfois difficile de s’interfacer avec les autres, du fait de leurs différences. Leur formidables capacités d’adaptation font qu’ils y arrivent, mais au prix d’une grande énergie, et parfois d’un épuisement. Il est donc essentiel pour ces profils de savoir choisir leurs connexions, avec celles et ceux qui les acceptent comme ils sont.
Le questionnement est aussi omniprésent chez les multi-potentiels, parfois trop ! Mais le doute, le questionnement, et la remise en cause permanents, sont des indices qui ne trompent pas sur la nature de personnalité.
De même, la quête de sens est aussi un besoin profond chez ces profils, et doit donc les guider dans leur quête d’un environnement professionnel qui leur convient : une entreprise qui ne sait plus où elle va, un job vide de sens, où l’on demande de ne pas réfléchir, sera délétère pour eux.
Enfin, le manque de confiance en soi et d’estime de soi sont deux facteurs omniprésents chez ces profils. Et les voyages constituent un moyen à la fois d’en prendre conscience, et de les restaurer.
Pour ma part, j’ai toujours eu une parfaite conscience que gravir les hautes montagnes constituait pour moi une opportunité de me prouver que je valais quelque chose, ne réalisant pas au passage que cela peut être une quête infinie, et qu’il pourrait êytre pertinent de trouver d’autres voies plus durables poyr restaurer mon estime de moi …
Pour aller plus loin
Si vous aussi, vous êtes fan de voyages – quelles que soient les destinations, et même si vous n’avez pas (encore) eu les moyens ou l’occasion de les réaliser, et que vous n’avez jamais fait de lien entre cette passion et vos projets professionnels, c’est peut-être que cette passion peut vous apporter des découvertes majeures dans ce cadre. Y compris si vous ne vous sentez pas HPI ou multi-potentiel (**).
Le 17 novembre prochain, j’animerai un webinaire consacré aux difficultés de ces profils en contexte professionnel, et je vous parlerai plus en détail de comment apprendre à mieux vous connaître, et comment cette connaissance de vous-même est essentielle à une vie pleinement épanouie.
Cyril Barbé
(**) La multi-potentialité est ce phénomène qui décrit la capacité et la préférence d’une personne à exceller dans au moins deux, et souvent trois ou quatre champs complètement différents : arts et sciences, biologie et économie, ressources humaines et sport, …



