Dans ma série « Bien se connaître est fondamental pour s’épanouir personnellement dans la vie », et se baser sur ses passions comme puissant moyen d’apprendre à se connaître, je veux vous parler cette semaine de la passion des jeux, que ce soit les jeux de société ou les jeux de réflexion en général.
Pour certains, ce sont les jeux de société, pour d’autres les jeux de rôles, les jeux de cartes, les échecs, les énigmes ou les Escape-Game, les casse-têtes tels que le Rubik’sCube, les jeux de réflexion type Sudoku, mots croisés, ou encore Sokoban. Bien sûr il y a aussi tous ces jeux numériques dont on peut parfois devenir dépendants.
Qu’ont en commun tous ces jeux, et que peuvent-ils nous apprendre sur nous-mêmes ?
Si vous aussi vous partagez cette passion, et que vous cherchez à mieux vous connaître pour mieux définir un projet professionnel qui vous épanouisse pleinement, alors cet article est probablement fait pour vous.
Qu’ont en commun tous ces jeux ?
Même si certains considèrent les jeux comme inutiles car ils « ne produisent rien », et que ces activités devraient être réservées aux enfants, les jeux quels qu’ils soient présentent un grand nombre d’intérêts pour tous les êtres humains.
Au plan cognitif d’abord
Le jeu est une excellente forme de gymnastique cérébrale qui stimule la plasticité neuronale.
- Amélioration de la mémoire : retenir des règles, les stratégies ou les parcours renforce la mémoire à court et à long terme.
- Développement de l’aptitude à la résolution de problèmes : par l’analyse des situations, l’anticipation des coups de l’adversaire, et l’adaptation de sa stratégie en temps réel.
- Stimulation de l’attention et de la concentration : pour rester focus sur un plateau, réagir à des stimuli visuels rapides dans un jeu vidéo, entre autres.
Plus globalement, les jeux contribuent à la préservation du capital cognitif chez tous les adultes.
Au plan psychologique et émotionnel
Jouer offre un espace sécurisé pour explorer ses émotions et relâcher la pression du quotidien.
- Réduction du stress et de l’anxiété : Le jeu favorise l’état de flow (une immersion totale), ce qui permet de déconnecter des soucis quotidiens et de libérer des endorphines (dites « hormones du bonheur »).
- Apprentissage de la résilience (gérer l’échec et croître en le surmontant) : perdre fait partie du jeu. Cela apprend à accepter la frustration, à gérer l’échec, et à persévérer pour s’améliorer.
- Renforcement de la confiance en soi et l’estime de soi : Progresser, franchir des niveaux ou remporter une partie procure un sentiment d’accomplissement et d’efficacité personnelle.
- Régulation émotionnelle : Le jeu permet d’expérimenter toute une palette d’émotions fortes – peur, joie, colère, tristesse, surprise – dans un cadre fictif et sans risque réel.
Au plan humain et social
Le jeu est, par essence, un formidable vecteur de connexion humaine et de socialisation.
- Renforcement des liens sociaux : Partager un jeu crée des souvenirs communs et renforce la complicité entre joueurs.
- Développement de l’empathie et de la théorie de l’esprit : se mettre à la place de l’autre – anticiper ses intentions, comprendre ses émotions – est indispensable dans la plupart des jeux, notamment les jeux de rôle ou de bluff.
- Apprentissage de la coopération et du travail d’équipe : Les jeux coopératifs ou par équipes apprennent à communiquer efficacement, à faire confiance, à partager les tâches et à poursuivre un objectif commun.
- Intégration et respect des règles : Le jeu de société ou sportif pose un cadre strict. Y participer apprend le respect d’autrui, le fair-play et le concept de justice.
J’aurais pu ajouter aussi les avantages au plan physique et sensori-moteur. Même les jeux immobiles ont un impact sur notre physique et notre perception. Par exemple avec la coordination œil-main, très sollicitée dans les jeux vidéo d’action ou les jeux d’adresse, ou l’orientation spatiale, quand il faut naviguer dans des mondes en 3D ou manipuler des objets en 3D.
Attention aux addictions !
Bien que bénéfiques à plein de points de vue, les jeux – notamment vidéo – peuvent mener à une addiction comportementale appelée trouble du jeu.
Ce risque survient lorsque la pratique devient un refuge exclusif pour fuir le stress ou masquer un mal-être. Les mécanismes de récompense intégrés aux jeux stimulent intensément la dopamine, créant un besoin de jouer compulsif.
Ce trouble peut conduire à l’isolement social, la disparition des liens familiaux, amicaux, la baisse des performances scolaires ou professionnelles, et des troubles du sommeil.
Pour éviter cet engrenage, il est essentiel de fixer des limites de temps claires et de préserver un équilibre avec d’autres activités physiques et sociales. Et il est parfois indispensable de se faire accompagner par des spécialistes.
Que peuvent-ils nous apprendre sur nous-mêmes ?
La passion pour les jeux agit comme un miroir grossissant de notre psychologie. En effet, le cadre fictif du jeu lève nos inhibitions sociales et révèle nos motivations profondes, nos forces et nos zones de vulnérabilité.
Certes, tous les joueurs ne se ressemblent pas, comme l’a montré notamment Richard Bartle dans son étude de 1996 sur les joueurs de jeux vidéo, synthétisée dans ce qu’on appelle la typologie de Bartle.
Nos habitudes de jeux peuvent donc révéler des aspects différents, parfois apparemment contradictoires. En voici quelques-uns dans lesquels vous vous reconnaîtrez peut-être :
Le rapport aux autres : compétition et coopération
- Le goût de la confrontation et du classement : si vous aimez affronter un adversaire direct, vous possédez un fort esprit de compétition. Vous évaluez votre valeur à travers la performance, le dépassement de soi et la victoire mesurable. Vous êtes souvent orienté vers les objectifs et résilient face à la pression.
- Le besoin d’être utile et de coopérer : Si vous préférez les jeux d’équipe ou collaboratifs, vous êtes guidé par l’altruisme, l’empathie et le sens du collectif. Votre satisfaction vient de la synergie, du soutien apporté aux autres et de la réussite commune.
Le rapport à la structure : complexité et Immersion
- L’amour de la complexité et de la stratégie : un attrait pour les jeux complexes, les règles denses (échecs, jeux de gestion) traduit un besoin de contrôle, de logique et de maîtrise intellectuelle. Vous êtes probablement quelqu’un de méthodique, qui aime planifier, optimiser des ressources, et résoudre des problèmes complexes dans la vie réelle.
- La quête d’exploration et d’histoire : Si vous vibrez pour les jeux de rôle ou d’aventure, votre personnalité est marquée par une grande curiosité, une forte imagination et un besoin d’évasion. Vous cherchez à vivre des expériences narratives et à explorer de nouveaux horizons.
Ce que le jeu « compense » ou exprime
Le jeu peut révéler aussi des besoins psychologiques sous-jacents :
- Le besoin de reconnaissance : accumuler des victoires, des trophées ou collectionner des éléments rares dans un jeu traduit souvent une quête de validation et de « statut ».
- Le besoin d’ordre : ranger, trier ou compléter un puzzle (comme dans Tetris ou Sokoban) offre un sentiment de contrôle et de clarté qui peut apaiser une personnalité anxieuse face au « chaos » du quotidien.
- Le besoin d’autonomie et d’agence (ou pouvoir de choisir) : dans la vie réelle, nous subissons de nombreuses contraintes (travail, obligations familiales, lois). Le jeu offre un espace de liberté totale où on est le seul maître à bord.
- Le besoin de compétence et de maîtrise : l’être humain a un besoin intrinsèque de se sentir capable et de voir ses compétences évoluer. Le monde réel offre parfois des retours lents ou flous sur nos efforts (une promotion qui tarde, des études longues). Le jeu, lui, offre plus de feedback immédiat.
- Besoin de stimulation intellectuelle : un quotidien trop monotone ou routinier peut nous pousser à chercher des jeux très intenses, compétitifs ou d’action rapide. Le jeu sert alors de « soupape de sécurité » pour libérer un trop-plein d’énergie ou de frustration accumulée (effet de catharsis).
En synthèse, quels besoins spécifiques peut nous révéler notre passion des jeux ?
- L’intérêt pour la complexité, la capacité à la détecter et la gérer
- Le besoin d’utilité
- Le besoin de connexion aux autres et de coopération
- Le besoin d’explorer
- Le besoin de reconnaissance
- Le besoin de compenser / gérer certains stress, comme celui provoqué par le chaos
- Le besoin d’autonomie et de liberté
- Le besoin de se sentir compétent, le besoin de confiance en soi
- Le besoin de stimulation intellectuelle
Tous ces besoins peuvent être plus ou moins couverts par certaines missions professionnelles. Mais le plus difficile est d’identifier clairement vos besoins, pour pouvoir les évaluer dans les offres d’emploi que l’on vous propose. Et il est tout aussi clé pour vous de savoir décrypter le contenu de ces offres pour conduire cette évaluation.
Exemple : je connais peu de missions qui parlent de complexité dans le descriptif ou la fiche de poste. Cela ne veut pas dire pour autant qu’elle sera absente de ces missions.
Pour aller plus loin
Si vous aussi, vous êtes fan de jeux, et que vous vous reconnaissez dans certains des besoins exprimés ci-dessus, c’est peut-être que vous avez encore à apprendre sur vous-même, et que votre passion des jeux peut vous apporter des découvertes majeures dans ce cadre. Y compris si vous ne vous sentez pas HPI ou multi-potentiel (*).
Le 17 novembre prochain, j’animerai un webinaire consacré aux difficultés de ces profils en contexte professionnel, et je vous parlerai plus en détail de comment concilier ce besoin d’intensité avec une vie stable et pleinement épanouie.
Cyril Barbé
(*) La multi-potentialité est ce phénomène qui décrit la capacité et la préférence d’une personne à exceller dans au moins deux, et souvent trois ou quatre champs complètement différents : arts et sciences, biologie et économie, ressources humaines et sport, … Les multi-potentiels sont souvent des passionnés de jeux complexes ou de stratégie, et des jeux en général.



