J’ai pensé un temps intituler cet article autour de la schizophrénie, car on associe souvent le dédoublement de personnalité à cette maladie des troubles psychotiques, mais à tort.
Dans mes accompagnements en effet, je constate très souvent que les profils HPI ont un cerveau tellement « envahissant », qui semble décider de ses activités et de son rythme à la place de son propriétaire, qu’il peut devenir utile de voir son cerveau en deux parties distinctes, l’une qui voudrait décider, et l’autre qui décide vraiment.
Cela peut sembler à la fois impossible et très ésotérique, mais le fait est que cette technique fonctionne, et même très bien, y compris pour des personnes qui semblaient jusque-là totalement réfractaires à ce sujet.
En quoi consiste cette technique du dédoublement, comment la faire fonctionner, en particulier chez des cerveaux ultra-rationnels, et quels en sont les résultats concrets, c’est ce que je vous propose d’explorer dans cet article.
Le syndrome du cerveau envahissant
Je ne rentrerai pas trop dans le détail sur ce sujet que j’ai déjà développé dans cet article. Mais il s’agit d’un état où les personnes concernées ont le sentiment que leur cerveau décide à leur place de son rythme d’activité, des natures d’activité, au point d’être dans une forme d’addiction (à certaines activités cérébrales).
Cela se traduit aussi par :
- Un cerveau qui pense tout le temps, qui semble ne jamais se mettre au repos
- Une difficulté à calmer le mental quand on le souhaite
- Des pensées simultanées, qui peuvent faire perdre le fil de ses pensées
- Des pensées ou scénarios qui se construisent « automatiquement », avec un sentiment de non contrôle (*) : une tendance à imaginer des choses qui ne se produiront jamais.
- Un cerveau qui continue à analyser, anticiper ou imaginer en permanence.
- Un stress et une anxiété plus fréquents, plus forts
- Une irritabilité récurrente liée aux frustrations et à la surcharge mentale,
- Des difficultés à redescendre après une tension,
- Ou encore une tendance à la rumination sur certaines situations
(*) Je ne parle pas ici du mode « automatique » dont il est question en neurosciences, qu’elles opposent au mode « adaptatif ».
Je précise ici que certains symptômes peuvent plus relever du TDA/H, comme l’agitation mentale ou physique permanente, la difficulté à rester concentré sur la durée, la tendance à sauter d’une idée à une autre, l’impatience, notamment dans les échanges, ou encore le besoin fréquent de stimulation. Mais il est vrai que ces derniers sont souvent co-occurrents avec les premiers cités.
Les conséquences si rien n’est fait
Tous ces symptômes pourraient sembler anecdotique s’ils n’avaient pas de conséquence durable sur la vie professionnelle et personnelle, et notamment :
- Une fatigue chronique, et le sentiment de ne pas pouvoir se reposer mentalement
- Dans de nombreux cas, cela peut conduire à l’épuisement et au burn-out, même dans un environnement professionnel bienveillant et non stressant
- Des difficultés de concentration sur la durée, et donc à assurer ses missions
- Une anxiété chronique, avec des conséquences à terme sur la santé physique
- Une tendance à tourner en boucle sur certains sujets, qui peuvent conduire à certaines formes de désocialisation
- Et parfois comme je l’écris plus haut, une tendance à certaines addictions : jeu (mais pas nécessairement les jeux d’argent), tabac, nourriture …
En quoi consiste cette technique du dédoublement ?
Le cerveau est une machine puissante, et il n’est pas si simple de la contourner, de la berner, pour tenter de la contrôler.
D’ailleurs comment imaginer contrôler son cerveau … grâce à son cerveau ? Il y a là une véritable contradiction. Et pourtant, c’est bien de cette apparente contradiction que j’ai imaginé cette technique.
Et si l’on ne voyait plus son cerveau comme unique, mais comme double ?
Et si l’on considérait avoir une partie de notre cerveau capable de contrôler l’autre partie ?
Bien sûr il s’agit d’une vue de l’esprit. Encore que nous ne connaissions que très peu de choses sur son fonctionnement, et peut-être que cette partition imaginaire serait réellement visible si nous avions les bons outils pour la détecter.
Il s’agit donc au départ d’une simple construction de l’esprit. Mais comment peut-elle fonctionner si l’on a un cerveau qui décide par lui-même ?
Comment faire fonctionner cette technique chez les ultra-rationnels ?
Le rôle de l’accompagnant est fondamental dans ce cadre.
Une véritable lutte interne antagoniste
Car autant le cerveau a cette aptitude à imaginer une situation qui n’existe pas, en l’occurrence une partition de sa propre existence, autant il a aussi une tendance à vouloir reprendre le contrôle, notamment en jugeant tout ce qui semble illogique, incohérent, ou impossible selon ses propres critères.
Dans ce type d’accompagnement, le bénéficiaire est donc tiraillé entre deux forces opposées :
- Celle qui imagine très bien cette partition
- Celle qui lui dit à l’inverse « non mais ça ne va pas ? Tu vois bien qu’on essaie de te manipuler ? Reviens à la raison, tu n’as qu’un seul cerveau, et c’est moi »
Et sans un accompagnant externe, qui saura vous guider sur le moyen terme, c’est toujours la seconde partie du cerveau, celle qui juge et qui anéantit cette tactique, qui gagne.
L’importance de ne pas alimenter la « machine à juger »
Le rôle du coach est donc d’être un guide, qui assure le pas sur un chemin qui semble difficile et incertain à son client, à l’image d’un guide de haute-montage sur une paroi verticale.
Il est aussi d’expliquer que cette partition de son cerveau ne revient surtout pas à critiquer cette partie que nous jugeons envahissante. En effet, porter un regard critique est justement l’apanage de cette partie que nous souhaitons réduire, en particulier chez les HPI, et donc ce serait contre-productif. Le coach est donc là pour aider son client à garder une grande bienveillance vis-à-vis de sa partie de cerveau envahissante.
Par exemple en l’aidant à y trouver des aspects positifs, et même à le remercier pour tous ses apports si pertinents dans certaines situations. Car oui, ce cerveau envahissant a aussi des avantages.
Voir le cerveau comme une boite noire
Mais le cerveau des HPI a aussi besoin d’explications rationnelles à tout, a besoin de comprendre, et déniche tout ce qui pourrait ressembler à des artifices. Il va donc encore une fois lutter contre cette vue de l’esprit que constitue une partition de sa propre existence.
Le rôle du coach est alors de savoir utiliser des métaphores pour dépasser une réalité qui nous échappe : encore une fois, nous n’en sommes qu’au stade de « Cro-Magnon » dans la compréhension du fonctionnement du cerveau, et vouloir tout comprendre à son sujet est vain. Par contre, faire le constat de ce qui fonctionne sans tout comprendre n’est pas contraire à la rationalité. C’est juste du bon sens.
La métaphore que j’emploie est celle de la « boite noire » : on ne sait pas excatement ce qu’elle contient, ni comment elle fonctionne, mais on sait quand même la faire fonctionner. Et quand j’explique que ce dédoublement fonctionne chez tous mes clients, alors les nouveaux acceptent d’essayer.
Quels résultats concrets
La puissance dans cette technique réside dans le fait qu’elle est opérante sur l’ensemble des symptômes, de façon immédiate, et sans effet secondaire ou de rechute.
Car les profils HPI apprennent vite, et ont une forme d’agilité mentale qui leur fait adopter facilement de nouvelles attitudes, même quand celles-ci leur semblaient irrationnelles, et très éloignées d’eux-mêmes, si celles-ci fonctionnent.
A condition bien sûr d’avoir une relation de confiance très forte avec son coach. Car c’est lui qui va permettre au client de se sentir en toute sécurité dans le fait de tester cette technique au départ, puis de l’utiliser sur la longue route, en étant capable de se faire confiance à lui-même.
Pour aller plus loin
Si vous aussi, vous ressentez l’un ou plusieurs de ces symptômes du cerveau envahissant, et qu’il vous pose des problèmes professionnels et personnels, c’est peut-être que cette technique du dédoublement vous serait utile, y compris si vous ne vous sentez pas HPI ou multi-potentiel (*).
Le 17 novembre prochain à 18h00, j’animerai un webinaire consacré aux difficultés de ces profils en contexte professionnel, et je vous parlerai plus en détail des différentes tactiques pour atteindre une vie professionnelle et personnelle pleinement épanouie.
Cyril Barbé
(*) La multi-potentialité est ce phénomène qui décrit la capacité et la préférence d’une personne à exceller dans au moins deux, et souvent trois ou quatre champs complètement différents : arts et sciences, biologie et économie, ressources humaines et sport, …



