Entrepreneurs HPI / multi-potentiels : quand le succès devient monotone

Un paradoxe dont on parle peu chez certains entrepreneurs : ils ne souffrent pas de l’échec, … mais de la réussite ! Le projet fonctionne, les clients sont là, le modèle économique est stabilisé.

Et pourtant, une sensation étrange s’installe, d’ennui.

Pas l’ennui passager d’une mauvaise journée. Un ennui plus profond, plus déroutant : celui de ne plus être stimulé par ce que l’on a soi-même construit.

Ce phénomène touche particulièrement les entrepreneurs HPI ou multi-potentiels. Comment se manifeste concrètement cet ennui ? Pour quelles raisons les HPI sont-ils plus concernés que lamoyenne des entrepreneurs ? Quelles solutions pour en sortir ? Découvrez-le dans cet article.

Comment se manifeste concrètement cet ennui ?

Chez beaucoup d’entrepreneurs atypiques, on observe un cycle récurrent excitation maîtrise désengagement.

1️⃣ La phase d’excitation

C’est la phase de création puis d’exploration. Une idée apparaît : un problème complexe à résoudre, un marché à comprendre, une opportunité à saisir, un modèle à inventer.

L’entrepreneur HPI explore, teste, rencontre, prototype. Les connexions d’idées se multiplient. L’énergie est immense.

C’est la phase de très forte intensité intellectuelle et relationnelle, où l’on travaille sans compter, parce que le cerveau est stimulé.

2️⃣ La phase de maîtrise

Progressivement, le projet se met en place et se stabilise. Le modèle devient clair, les processus s’installent, les décisions deviennent plus prévisibles.

Dans cette phase, les observateurs externes considèrent que l’entrepreneur réussit vraiment, et lui-même profite quelques temps de cette phase où il maîtrise.

Mais le défi intellectuel diminue, et intérieurement il ressent déjà un changement, inconscient.

3️⃣ La phase de désengagement

Vient alors la phase la plus déroutante.

L’entrepreneur continue à faire fonctionner l’entreprise, mais l’énergie n’est plus la même. Les décisions deviennent mécaniques, les tâches répétitives prennent plus de place, le manque de stimulation intellectuelle pèse.

Apparaissent alors des signaux souvent mal interprétés :

  • Une perte d’intérêt pour l’activité principale
  • Une procrastination inhabituelle
  • Une envie de lancer un nouveau projet

Et cette question silencieuse : « pourquoi je m’ennuie dans quelque chose que j’ai moi-même choisi ? »

Pourquoi les entrepreneurs HPI sont-ils particulièrement touchés ?

Cet ennui n’a rien à voir avec un manque de motivation. Il est souvent lié à trois caractéristiques cognitives très présentes chez les HPI / multi-potentiels.

👉 Le besoin de nouveauté / complexité

Le cerveau à haut potentiel fonctionne bien lorsqu’il rencontre :

  • Des problèmes nouveaux
  • Des enjeux difficiles et/ou complexes
  • Des opportunités d’explorer de nouveaux territoires

Quand tout devient facile et prévisible, la stimulation diminue, et l’engagement avec. Et c’est le cas pour un projet entrepreneurial stabilisé, qui devient un système à gérer.

👉 Le besoin d’apprentissage et la vitesse

Plus que la moyenne, les entrepreneurs aiment et ont besoin d’apprendre. Et c’est aussi une caractéristique très marquée chez les HPI. De plus, ces derniers apprennent souvent très vite.

Ce qui représente un défi pour la majorité est rapidement maîtrisé. Et donc le problème n’est pas la difficulté initiale, mais la durée pendant laquelle celle-ci reste stimulante.

👉 La pensée exploratoire

Les multi-potentiels ont une curiosité naturelle et une attirance pour l’exploration. Ils voient facilement les opportunités de nouveaux territoires :

  • Nouveaux produits
  • Nouvelles activités
  • Nouveaux clients
  • Nouvelles façons de mettre en œuvre un projet
  • Des opportunités de faire plus vite, plus performant, plus efficace …

Le cerveau, en besoin continu d’exploration, poursuit son chemin alors que l’entreprise, elle, demande de la stabilisation.

Cette tension est au cœur de l’ennui des entrepreneurs HPI.

Quelles solutions pour sortir de cet ennui ?

Les HPI peuvent commettre plusieurs erreurs de jugement, et donc des erreurs d’action, dans ces situations :

  • Croire que la seule solution est de tout recommencer ailleurs, ou comme le dit l’adage « jeter le bébé avec l’eau du bain » (une attitude impulsive et émotionnelle fréquente chez eux)
  • Au contraire, insister dans ce côté gestionnaire qu’ils n’aiment pas du tout, parce qu’ils ont la croyance qu’il faut nécessairement souffrir pour réussir (cf cet autre article à ce sujet)
  • Ou encore, prendre de la hauteur et du recul, alors qu’ils ont au contraire besoin de se replonger dans le concret.

Bien qu’ayant une forte rationalité et aptitude à l’introspection, ils sont, comme tout le monde, sujets aux biais cognitifs. Comment échapper à ces biais et erreurs de jugement, et surtout quelles solutions adopter ?

Recréer de la complexité

Un entrepreneur atypique a besoin d’enjeux intellectuels forts. Il s’agit donc pour eux de recréer des espaces d’innovation et de complexité dans leur offre, leurs marchés, leur modèle économique, ou leurs domaines de compétences.

Le but n’est pas de compliquer l’entreprise oula situation, mais de réactiver le défi intellectuel.

Repenser son rôle dans l’entreprise

Beaucoup d’entrepreneurs HPI restent trop longtemps dans des fonctions opérationnelles, même quand celles-ci leur pèsent à la longue. Or leur valeur se situe souvent davantage dans la vision, la stratégie, la conception et le lancement de nouveaux projets.

Exemple avec Xavier Niel, qui a fait le choix délibéré de se retirer des fonctions opérationnelles de sa propre entreprise, pour n’être « que » le directeur de la stratégie d’Iliad : Thomas Raynaud, son DG, résume bien la situation dans un récent article d’Univers Freebox « Le job de Xavier Niel est de créer le chaos, le mien et celui des équipes d’Iliad de l’organiser ! »

Construire un modèle entrepreneurial évolutif

Certains profils ne sont pas faits pour gérer une activité parfaitement stable pendant vingt ans. Et ce n’est pas un problème ! Pourtant, même certains entrepreneurs HPI avec un fort esprit indépendant peuvent céder à l’image qu’ils se font de l’entrepreneur, qui est surtout véhiculée par des profils « neurotypiques », différents d’eux.

Et assumer sa différence passe par le fait d’assumer un modèle entrepreneurial plus évolutif :

  • Un rythme élevé de projets
  • Une grande intensité de cycles d’innovation
  • Une diversification assumée, là où les experts recommandent de savoir se recentrer et ne pas se disperser

Ce qui ressemble à de la dispersion peut parfois devenir une stratégie cohérente.

Exemple : j’ai accompagné il y a quelques temps Laure Mariani, une serial-entrepreneuse qui avait du mal à assumer ces multiples casquettes, ces redémarrages successifs, ce besoin permanent de se réinventer, et qui in fine a appris à mieux l’assumer et en faire une vraie force. Retrouvez son histoire passionnante dans cet article.

Pourquoi se faire accompagner est souvent indispensable dans ce cadre ?

C’est ici qu’apparaît un paradoxe. Les entrepreneurs sont les professionnels les plus exposés, mais qui se font le moins accompagner, et c’est encore plus vrai chez les entrepreneurs HPI.

Plusieurs raisons expliquent cela :

  • Une grande autonomie intellectuelle
  • L’habitude de résoudre seul.e les problèmes
  • Une certaine méfiance – à raison – vis-à-vis des approches simplistes ou trop rigides qu’on leur propose souvent, en particulier de la part de cabinets de conseil qui proposent une méthode bien ficelée.
  • Et aussi : une difficulté à identifier des experts qui sachent se connecter à eux, et répondre à leur haut niveau d’exigence et leur vitesse

Pourtant, cet ennui entrepreneurial touche souvent à des questions profondes :

  • Le rapport au défi
  • Le fonctionnement cognitif et les biais cognitifs
  • Le sens donné à ses projets, et plus globalement à sa vie
  • Mais aussi : l’estime de soi, les émotions, le rapport aux autres.

Et ce sont des sujets difficiles à éclairer seul. Non pas parce que l’on manque d’intelligence, mais parce que l’on est trop impliqué dans sa propre histoire.

Un regard extérieur permet souvent de :

  • Mettre des mots sur ce qui se joue réellement
  • Distinguer fatigue physique, lassitude mentale ou morale, et besoin d’évolution
  • Savoir se recentrer sur son authenticité, sortir de la sur-adaptation
  • Et ainsi construire / faire évoluer un modèle entrepreneurial compatible avec ses modes de fonctionnement

Et parfois, simplement, de comprendre que cet ennui n’est pas un échec, mais le signal d’une nouvelle étape à construire.

Pour aller plus loin

Si vous vous reconnaissez dans la répétition de ce cycle – excitation, maîtrise, désengagement, je vous propose d’explorer ces mécanismes plus en profondeur lors d’un webinaire gratuit dédié aux entrepreneurs HPI et multi-potentiels, le mardi 19 mai 2026 à 18h30..

Si vous cherchez à développer votre autonomie tout en renforçant vos connexions humaines, à échanger avec d’autres personnes qui fonctionnent comme vous, et vous approprier vos modes de fonctionnement spécifiques pour en faire des atouts dans votre vie professionnelle, participez à ma formation-action Masterclass HPI :

La prochaine session démarre le mardi 24 mars 2026 à Paris (1 place disponible), et la suivante le mardi 13 octobre 2026 à Paris.

Et si vous cherchez à intégrer un réseau d’entrepreneurs ou futurs entrepreneurs différents, qui se comprennent, pour partager, être challengé, et développer tous vos projets atypiques avec succès, inscrivez-vous au Club des Entrepreneurs Atypiques, et participez à des événements inspirants.

1ère journée lundi 13 avril à Paris. Pour vous inscrire, contactez-moi.

Et pour ne rien perdre de mon actualité c’est ici.

Cyril Barbé

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