Pourquoi certains HPI / multi-potentiels restent des années en préparation avant de lancer leur projet ?

Créer son entreprise ne s’improvise pas, et il est normal de s’y préparer, acquérir les bonnes compétences, affiner son projet, et limiter les risques avant de franchir le pas.

Dans le cas des HPI / multi-potentiels, cette phase de préparation peut être un piège, y restant parfois des mois, voire des années. Ils accumulent les lectures, les formations, les réflexions et les projets … sans jamais avoir le sentiment d’être réellement prêts.

Ce sujet concerne d’ailleurs aussi bien des ex-salariés qui se lancent pour la 1ère fois dans l’aventure entrepreneuriale, que des entrepreneurs établis qui souhaitent lancer un nouveau projet, une nouvelle activité.

Pourquoi les HPI sont-ils particulièrement concernés par ce phénomène ? Quelles conséquences cette attitude a-t-elle sur leur projet, leur confiance en eux et leur passage à l’action ? Et surtout comment surmonter ce frein ? C’est ce que j’explore dans ce nouvel article.

Une préparation qui donne la fausse impression d’avancer

Contrairement aux idées reçues, les HPI concernés ne restent pas inactifs. Ils se documentent, se forment, construisent leur offre, leur proposition de valeur, leur communication, étudient tous les aspects – juridique, fiscal, social, … – analysent et s’acculturent avec les outils dont ils ont besoin.

Ils ajustent, peaufinent, perfectionnent aussi beaucoup.

Et tout cela leur donne donc le sentiment d’avancer.

Mais tous les spécialistes de l’entrepreneuriat vous le diront : le véritable démarrage commence quand on se confronte réellement à des clients potentiels.

Pourquoi la préparation est une zone de confort « piège »

Cette phase procure de nombreux bénéfices psychologiques : elle donne le sentiment de progresser, de conserver le contrôle.

Mais parallèlement elle évite de se confronter au regard des premiers clients. Car les peurs les plus répandues chez les entrepreneurs HPI, sont la peur de l’échec, et la peur du rejet.

L’échec serait une preuve de plus qu’ils ne sont jamais à la hauteur de leurs [très grandes] exigences.

Le rejet serait une preuve de plus de leur sentiment d’inadaptation à la société, qu’ils vivent souvent et de façon récurrente : parce qu’on rejette leur différence, on ne comprend pas leur avant-gardisme, on cherche à les faire entrer dans une case, ce dont ils ont horreur.

Et l’échec et le rejet auraient un impact plus fort chez eux du fait de leur grande sensibilité, même s’ils ne la montrent pas.

Voilà pourquoi ils évitent à tout prix l’échec et l’erreur.

Le perfectionnisme n’est que la partie émergée de l’iceberg

Leur perfectionnisme masque en effet des freins plus profonds :

  • Ils ont un fort besoin de contrôle et de maîtrise de tous les aspects du projet
  • Ils adorent anticiper, en particulier les obstacles et difficultés
  • Ils veulent éviter toute erreur, car dans leur esprit elle remettrait en cause leurs aptitudes, leurs compétences.

Le paradoxe est que cette recherche de sécurité les empêcher d’être dans l’apprentissage réel. Les spécialistes de neurosciences cognitives ont démontré à quel point l’apprentissage se fait d’abord par l’action (ce que les anglophones nomment le « test and learn »), et aussi par l’erreur.

Anecdote : savez-vous ce que fait un jeune enfant qui teste ce fameux jeu des formes à placer dans des trous de la même forme, si par hasard il réussit du premier coup ? De façon contre-intuitive, il va tester une autre combinaison – le rond dans le trou carré, ou le carré dans un trou triangulaire. Pourquoi ? Parce qu’il veut vérifier s’il n’y a pas d’autre façon de réussir. Une belle démonstration de l’importance de l’erreur dans le processus d’apprentissage.

La difficulté / peur de se confronter aux clients potentiels

Dans la peur de l’échec, il y a, chez les HPI, en particulier la crainte de se confronter à leurs clients potentiels, car ils anticipent diverses réactions :

  • Une réaction de rejet, ou au mieux pas de réaction du tout
  • Une incompréhension de leur offre (ils vivent souvent l’incompréhension de la part des autres dans leur vie en général)
  • Le fait de se voir opposer des contre-arguments, auxquels ils n’auront pas de réponse, ou qui les déstabiliseront
  • Le fait d’avoir des questions qui les « démasquent en tant qu’imposteurs » (le sentiment d’imposture est omniprésent chez eux, même quand ils ont déjà de nombreuses réussites à leur actif)

Or aucun business plan, aucune formation, aucun livre ou webinaire, aucune production d’IA ne remplacera les retours des premiers clients. C’est seulement lorsqu’une offre est confrontée à la réalité que l’on découvre :

  • Ce qui intéresse réellement les clients ;
  • Ce qu’ils sont prêts à acheter ;
  • Ce qui fonctionne déjà très bien
  • Et ce qui éventuellement mérite d’être ajusté / amélioré

L’entrepreneuriat ne s’apprend pas tant dans la préparation que dans l’action, en particulier au contact des clients potentiels.

Quels impacts de cette préparation permanente ?

Comme déjà évoqué, la 1ère conséquence visible est de ne pas vraiment tester son projet, et donc d’empêcher son développement, et risquer in fine son abandon pur et simple.

La 2nde conséquence est de ne pas être en mesure d’apprendre à vendre efficacement. Or les HPI n’ont en général pas spontanément cette aptitude, ils doivent souvent l’apprendre. Et c’est une compétence centrale de l’entrepreneur.

Au-delà de ces 2 conséquences déjà très délétères, il y a d’autres impacts induits, plus insidieux et inconscients, et notamment :

  • La perte de confiance en soi, d’estime de soi.
  • Le fait de renforcer sa tendance à la remise en cause, déjà souvent trop présente.
  • En conséquence, le fait d’abandonner trop vite ses projets, et donc de ne pas pouvoir tirer de réels enseignements de ses expériences, et de perdre de vue ses projets de cœur, avec lesquels il aurait pourtant été très aligné
  • Le développement d’une croyance qu’il n’est pas fait pour entreprendre, ce qui est absolument inexact.

Leur tendance à rester si longtemps dans la préparation a donc des conséquences très lourdes, et à long terme, ce qui constitue un gâchis d’un vrai potentiel entrepreneurial.

A noter : les pays anglo-saxons ont une culture plus favorable à l’entrepreneuriat, et sont plus ouverts aux façons différentes de penser et aux parcours atypiques. C’est sans doute pour cela qu’on y voit s’épanouir autant d’entrepreneurs originaux, tels que Steve Jobs avec Apple, Richard Branson avec Virgin, ou encore Sara Blakely avec Spanx. Qu’en tirer comme enseignements pour des HPI qui souhaitent entreprendre en France ?

Il est au moins aussi important de valoriser :

  • Sa capacité à apprendre que son expertise
  • Son parcours et ses façons de faire atypiques qu’une soi-disant cohérence
  • Des réalisations que des diplômes ou certifications
  • L’expérimentation que la prudence
  • La polyvalence que la spécialisation

D’ailleurs sur ce dernier point, je parle plus dans le cas des HPI de poly-expertise que de polyvalence, ce qui n’est pas du tout la même chose.

Comment sortir de la préparation permanente ?

Accepter que votre projet ne sera jamais totalement prêt

L’objectif n’est pas d’atteindre une perfection qui n’existe pas, mais plus de vendre une imperfection qui satisfait déjà grandement vos clients potentiels.

Remplacer une logique de contrôle et de certitudes par une logique d’expérimentation

Chacune de vos décisions et actions est une expérience, et non un examen définitif sanctionné d’un résultat, bon ou mauvais.

Comprendre ce qui se joue vraiment dans votre crainte de vous confronter au marché

Cela passe par traiter vos peurs de l’échec et du rejet, ce qui suppose déjà d’en prendre conscience.

Or gérer ses émotions quand on est plus sensible que la moyenne est loin d’être simple. Cela ne peut se faire simplement par des techniques classiques, qui certes fonctionnent très bien pour la majorité des gens, mais sont peu ou pas efficaces pour les HPI.

Arrêter de vous auto-juger en permanence

La préparation permanente n’est pas un manque de courage. Elle traduit un besoin de cohérence, d’exigence et de maîtrise particulièrement développé, autant de qualités qui sont de véritables atouts entrepreneuriaux. À condition qu’elles restent au service de l’action.

L’auto-jugement ne fait que baisser votre estime de vous, votre confiance en vous, et renforcer vos craintes de ne pas être à la hauteur, et donc renforcer vos freins à l’action.

Une plus grande bienveillance envers vous-même vous aide à devenir un expérimentateur qui ne craint aucun échec, et développe votre résilience.

Je n’aime pas le citer du fait de sa personnalité ultra-controversée, mais l’exemple des échecs de Musk avec SpaceX dans la conception des premiers lanceurs réutilisables est un emblématique à ce sujet.

Vous faire accompagner

Les plus grands entrepreneurs se sont tous fait accompagner, car ils savent qu’ils seront plus performants après. C’est plus difficile dans le cas des entrepreneurs HPI pour diverses raisons. Ils pensent que :

  • Ils savent mieux faire par eux-mêmes (ce qui est souvent vrai, mais pas dans leur travail sur eux-mêmes)
  • Ils ne seront une fois de plus incompris (d’où l’importance de choisir un coach lui-même HPI, qui connaît parfaitement leurs modes de fonctionnement)
  • Ils ne méritent pas cette aide
  • Enfin et ce n’est pas le moindre des freins : ils craignent d’investir de l’argent à perte (toujours cette peur de l’échec …)

Conclusion

Les HPI / multi-potentiels disposent souvent d’une remarquable capacité d’analyse et d’anticipation. Mais l’aventure entrepreneuriale est pavée d’incertitudes.

Attendre d’être parfaitement prêt revient à attendre un moment qui n’arrivera jamais.

➡️ Ce n’est pas le lancement qui vient récompenser une préparation parfaite

➡️ C’est plutôt le lancement qui permet enfin de construire, pas à pas, une entreprise réellement adaptée à son marché, et à soi-même.

Et vous ?

Ressentez-vous aussi cette tendance à repousser l’échéance du lancement, alors que vous avez la forte intuition que vous tenez un talent ou un projet à fort potentiel ?

Je suis curieux de lire votre partage ou expérience en commentaire.

Ce sujet fera aussi partie des thèmes que j’approfondirai lors de mon prochain webinaire gratuit du mardi 22 septembre 2026 à 18h30, dédié aux HPI et multi-potentiels déjà entrepreneurs ou qui envisagent d’entreprendre.

Suite de cet épisode

Si cet article vous a parlé, n’hésitez pas à vous abonner à ma newsletter pour découvrir les prochains épisodes de cette série consacrée aux défis entrepreneuriaux des HPI.

Et dans un prochain, j’explorerai la question suivante : « faut-il vraiment choisir une seule activité quand on est entrepreneur HPI ? »

Cyril Barbé

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De quelles différences parle-t-on ?

  • Pensée foisonnante, grande créativité, fonctionnement non linéaire, voire dispersion
  • Haute vitesse de réflexion, déconnection de leurs interlocuteurs, et oubli même de leur propre cheminement de pensée
  • Haute exigence, parfois insatisfaction récurrente, et perte d’estime d’eux-mêmes
  • Grande sensibilité, montagnes russes émotionnelles, et réactions parfois disproportionnées
  • Grand besoin d’apprendre et de découvrir, avec souvent l’ennui à la clé s’ils manquent de projets ou de sollicitation intellectuelle
  • Cerveau difficile à canaliser, parfois envahissant, forte anticipation, voire à la rumination.
  • Ce cerveau envahissant les conduit à certaines peurs récurrentes, comme la peur de l’échec, ou de déplaire.
  • Un besoin d’innover et d’optimiser en permanence, ce qui peut épuiser son environnement professionnel
  • Des valeurs vécues très fortement, comme le besoin de justice, d’authenticité, pas toujours faciles à trouver dans notre société.