Les profils HPI / multi-potentiels possèdent souvent une grande capacité d’adaptation et agilité intellectuelle. Leur pensée rapide, leur créativité, et leur lecture fine des situations leur permettent en effet de trouver des solutions dans les situations les plus complexes et difficiles. Cette agilité et adaptabilité sont essentielles pour être résilient, et les HPI sont donc théoriquement bien dotés en la matière.
Pourtant, face à certains événements de vie – échec professionnel, changement subi, décalage social, ou environnement trop contraignant, je constate que ceux-ci ont souvent du mal à surmonter les obstacles, les échecs, et à en faire quelque chose de positif pour leur futur.
Pour quelles raisons peuvent-ils manquer de résilience alors qu’ils semblent en avoir tous les atouts ? Quels impacts concrets dans leur vie professionnelle et personnelle ? Comment peuvent-ils apprendre à la développer, et ainsi gagner en réussite et en plein épanouissement ? Découvrez-le dans cet article.
Résilience : de quoi parle-t-on ?
La résilience est souvent présentée comme la capacité à rebondir après une difficulté, à revenir à son état initial, comme si rien ne s’était passé.
A l’image de la résilience des matériaux (c’est d’ailleurs de ce domaine que les sciences humaines se sont inspirées la 1ère fois pour parler de résilience pour les personnes) : la résilience d’un métal est sa capacité à revenir à l’état initial après un choc ou une déformation.
En réalité, elle est plus que cela : être résilient ne signifie pas revenir juste à l’état initial, mais être capable de croître et grandir, « grâce » à ces événements négatifs, voire ces traumatismes.
Elle implique donc une certaine transformation personnelle : accepter qu’un contexte ait changé, qu’une situation ou possibilité ait disparu, qu’un projet ait évolué, puis réussir malgré cela à reconstruire un équilibre viable.
Autrement dit, la résilience repose sur trois dimensions complémentaires :
- La capacité à absorber émotionnellement un événement difficile ;
- La capacité à réinterpréter sous un angle nouveau cet événement ;
- La capacité à se remettre en mouvement sans attendre malgré l’adversité, le manque, et l’imperfection.
Et les HPI peuvent rencontrer des difficultés sur ces 3 dimensions.
En quoi la résilience est une compétence clé aujourd’hui ?
Nous vivons un environnement de plus en plus instable, incertain. Les changements, les réorganisations, les pertes de repères sont tout le temps et partout, et surtout imprévisibles. Ils ne sont plus des exceptions, ils sont devenus la norme.
Dans ce contexte, il ne s’agit pas d’apprendre à « tout accepter », mais plutôt de retrouver une forme de stabilité personnelle malgré les obstacles. Il devient donc essentiel de savoir :
- Réajuster rapidement ses attentes ;
- Reconstruire du sens dans l’incertitude ;
- Retrouver de l’élan malgré l’imperfection du contexte.
Pourquoi les HPI ont un rapport complexe à la résilience ?
Encore une fois, la résilience ne repose pas uniquement sur l’intelligence ou l’analyse rationnelle. Elle suppose aussi une capacité à renoncer à certaines attentes, à ajuster temporairement son niveau d’exigence, et à accepter qu’une situation imparfaite puisse malgré tout devenir un nouvel espace de construction.
Certes, les profils HPI disposent de puissants atouts pour rebondir :
- Pensée rapide, grande agilité cognitive
- Créativité
- Vision systémique
- Capacité à imaginer des alternatives
- Aptitude à apprendre vite, à s’adapter au changement et même le provoquer
Mais simultanément, ils ont d’autres modes de fonctionnement qui peuvent freiner leur résilience :
- Ils analysent et anticipent beaucoup, et perçoivent donc intensément « ce qui aurait pu être », ce qui aurait pu fonctionner, ce qui aurait été idéal et ont donc ils ont du mal à accepter d’abandonner la situation perdue
- Ils ont aussi un très haut niveau d’exigence, et l’idée même d’abaisser leur exigence, ou de perdre quelque chose dans une situation leur est difficile. Ce perfectionnisme peut les conduire à procrastiner, abandonner un projet, ou encore à rester enfermés dans l’analyse (le « cerveau qui tourne en boucle » comme ils le disent), restant bloqués dans la comparaison entre le réel et l’idéal
- Dans la continuité, ils ont un besoin profond de cohérence, de sens et d’alignement dans tout ce qu’ils vivent. Or ils ont parfois du mal à donner du sens à certains changements qui leur sont imposés, ou certaines situations difficiles.
- Leur grande sensibilité fait que, sous le coup d’émotions très fortes, ce qui leur arrive souvent, en particulier face aux événements difficiles, ils peuvent avoir un réflexe (auto-protecteur) de se déconnecter de leurs émotions. Et cela les empêche de passer à l’action (ils restent en quelque sorte bloqués sur l’incompréhension et le refus de comprendre dans la courbe du deuil)
- Enfin, ils vivent souvent une forme de sur-adaptation, qui peut créer à terme une fatigue, un épuisement. Et lorsque survient une nouvelle difficulté, leur seuil de tolérance émotionnelle au changement peut être fragilisé.
Et ce manque de résilience fait que, in fine, ils vont parfois moins bien vivre certains changements que d’autres collaborateurs, pourtant moins agiles, ils peuvent parfois être perçus comme rigides, ou juste adopter une stratégie d’isolement face aux événements difficiles, ce qui les empêche encore plus de s’en sortir.
Comment développer sa résilience quand on est HPI ?
Ajuster son exigence sans se renier
C’est probablement le point le plus important.
L’enjeu n’est pas de devenir moins ambitieux, ou moins exigeant, il est d’apprendre à distinguer exigence structurante, et exigence paralysante.
Exemple concret : quand Philippe Croizon, qui a perdu accidentellement ses deux bras et deux jambes, décide de sauter en parachute, traverser la Manche à la nage, ou de participer au raid automobile Paris-Dakar, il affirme que jamais il n’aurait atteint ces « sommets » sans son accident. Il n’ a donc en rien renoncé à ses exigences, tout en acceptant son handicap.
Il s’agit aussi de remplacer le perfectionnisme par une logique d’ajustement. Ou plus exactement de savoir ou appliquer ce perfectionnisme : sur le meilleur résultat à atteindre, ou sur la meilleure façon d’avancer et de progresser ? La résilience repose bien sûr sur le second point.
La question devient alors : « quel est le meilleur résultat possible compte tenu de ma nouvelle situation ?
Et cette approche n’implique pas de renoncer à ses valeurs.
Réapprendre à porter un regard plus positif sur les choses
Les HPI ont tendance à voir prioritairement ce qui ne va pas, les incohérences, les imperfections, tout ce qui doit être amélioré. Et à occulter très vite tout ce qui va bien, ce qui fonctionne, ce qui est acquis. Ils sont particulièrement l’objet d’un biais cognitif nommé biais de négativité.
D’une certaine façon, ils sont souvent d’éternels insatisfaits.
Comme je leur explique souvent dans mes accompagnements, ce n’est en rien une fatalité. C’est un entrainement mental qui peut se faire comme la gymnastique pour la santé corporelle. S’entraîner régulièrement (mais pas trop pour pas que cela ne devienne une routine qui n’a plis de sens) à voir le positif est donc une recommandation puissante.
Comme par exemple avec l’exercice des 3 kifs par jour de Florence Servan-Schreiber.
Cela passe aussi par le fait de savoir noter et célébrer toutes ses petites victoires, comme par exemple en affichant un tableau de ses réussites dans son bureau.
Apprendre à donner du sens aux événements, mêmes les plus incongrus
Les personnes qui ont vécu les événements traumatiques vous le diront : donner du sens à ce qu’ils ont vécu est essentiel pour se reconstruire.
Bien sûr, cela peut sembler complètement impossible quand il s’agit d’événements aussi terribles que la Shoah ou une guerre.
Exemple concret : la façon dont des millions de nazis allemands ont contribué à l’extermination des juifs, les incroyables zèle et docilité qu’ils ont mis dans cette horrible mission, la disparition totale de leur empathie naturelle, ont trouvé des explications dans certaines études comme celle (certes controversée) de Stanley Milgram, très bien décrite dans l’excellent film d’Henri Verneuil « I Comme Icare »
Certaines personnes y réussissent mieux que d’autres, et semblent donc avoir une aptitude particulière en la matière. Pourquoi est-ce que cette aptitude ne s’apprendrait pas, de la même façon que les mathématiques ou une langue étrangère ? Qui plus est pour des HPI qui ont une aptitude naturelle à apprendre plus aisée ?
Et souvent ce que je constate dans mes coachings, c’est que le simple fait de dire à mes clients qu’ils ont la possibilité d’apprendre à donner du sens à ces événements, fait qu’ils trouvent, par eux-mêmes, les tactiques personnelles pour y arriver.
Apprendre à gérer ses émotions
C’est un sujet évoqué dans de nombreux ouvrages et articles. Pourtant, les HPI ont souvent du mal avec les tactiques classiques. En particulier parce que leurs émotions arrivent si vite, et si fort, que les techniques de gestion des émotions sont inopérantes lorsque leurs émotions sont déjà là.
En réalité, savoir gérer ses émotions quand on est HPI repose sur des techniques spécifiques :
- Identifier ses sujets de sensibilité particulière (comme l’injustice par exemple)
- Savoir anticiper ces situations, s’y préparer à l’avance
- Connaître précisément les besoins afférents exprimés par ses émotions, et savoir y répondre
- Mais aussi : savoir travailler l’accueil sans jugement de ses émotions
- Et encore plus : savoir faire de ses émotions ses meilleures alliées
Tout cela ne peut se faire seul efficacement : l’aide d’un coach qui lui-même vit, come vous, ses émotions de façon très intense est indispensable.
Apprendre à mieux s’assumer, à ne plus être dans la sur-adaptation
Comme je l’ai écrit dans de nombreux articles (dont celui-ci), c’est la partie la plus difficile, et contre-intuitive, car assumer sa différence est perçu comme la source de l’incompréhension et du rejet des autres. En réalité, c’est tout l’inverse car :
- Les HPI s’épuisent dans cette sur-adaptation
- Cet épuisement fait qu’un jour, ils peuvent arrêter de se sur-adapter dans un effet balancier violent (ce que je décris dans cet article)
- En étant sur-adaptés, ils ne perçoivent plus leur « décalage » avec les autres, et n’ont donc pas conscience de comment ils sont perçus
- Ils sont en effet perçus comme différents, mais les autres ressentent l’incohérence entre ce qu’ils sont vraiment et ce qu’ils affichent.
Sortit de la sur-adaptation est donc loin d’être simple, et nécessite le plus souvent un accompagnement spécifique.
Pour aller plus loin
Si ce sujet de la résilience résonne en vous, et plus généralement ces mécanismes d’adaptation et de reconstruction face aux obstacles et aux périodes de transition, je vous propose d’explorer ce sujet plus en profondeur lors de mon prochain webinaire gratuit dédié aux HPI et multi-potentiels, le mardi 7 juillet 2026 à 18h30.
Si vous cherchez à développer votre autonomie tout en renforçant vos connexions humaines, à échanger avec d’autres personnes qui fonctionnent comme vous, et vous approprier vos modes de fonctionnement spécifiques pour en faire des atouts dans votre vie professionnelle, participez à ma formation-action Masterclass HPI :
La prochaine session démarre le mardi 13 octobre 2026 à Paris.
Vous pouvez aussi me partager vos avis ou questions sur ce sujet de la résilience en commentaire ou en message privé.
Et dans un prochain article, j’irai plus loin en explorant une autre situation très fréquente chez les HPI en entreprise : leur tendance à l’ennui, même quand tout semble bien aller : abonnez-vous à ma newsletter si vous ne voulez pas manquer cet article, et les suivants.
Cyril Barbé



