Quand vos « travers » vous en apprennent beaucoup sur vous-même : l’exemple de la difficulté à finir les choses

La semaine dernière, je vous partageais – au travers de l’exemple de la musique – à quel point vos passions peuvent vous en apprendre beaucoup sur vous-mêmes.

Cette semaine, je poursuis cette quête introspective en me basant sur ce que l’on pourrait appeler un travers, ou un défaut, à savoir la difficulté à terminer les choses.

En réalité, comme beaucoup d’autres sujets, tels que l’impatience ou même la procrastination, je considère cela plus comme un mode de fonctionnement qu’un défaut.

Mais surtout, ce mode de fonctionnement est en réalité extrêmement révélateur de certaines personnalités, et peut les éclairer sur comment s’épanouir pleinement dans leur vie professionnelle, et même leur vie tout court, sans tomber systématiquement dans cette culpabilité qui les empêche de déployer leurs ailes.

Qu’est-ce que révèle ce mode de fonctionnement si particulier chez ces profils (*) ? Qu’est-ce qu’il leur permet, et en quoi il peut au contraire les freiner dans leur plein épanouissement ? C’est ce que j’explore dans cet article.

Difficulté à finir : des facteurs exogènes

Jeudi 17 septembre dernier, Ali Rebeihi consacrait son émission Grand Bien Vous Fasse sur France Inter justement à ce sujet, et je me suis largement inspiré de son [excellent] podcast – que je vous recommande – pour vous partager ces éléments (merci à lui et à ses invités).

Plusieurs témoins y partagent leurs difficultés à terminer les choses : la lecture de livres, des travaux dans sa maison, un dossier administratif, un parcours de formation, ou encore des œuvres d’art.

De ce podcast, je note qu’il existe un certain nombre de facteurs exogènes à nous pour que nous soyons dans cette attitude, pourtant irrationnelle, et notamment :

  • L’économie de l’attention qui nous incite toujours plus à ouvrir de nouvelles activités, à nous intéresser à ce dernier ouvrage, ou cette dernière série à la mode.
  • Le fait que l‘achèvement implique une forme de deuil du projet ou l’activité en cours, ce qui n’est jamais simple
  • La dimension sombre – certes inconsciente – de l’achèvement (achever = tuer !)
  • Mais aussi tout simplement que l’inachèvement est le propre des êtres humains, qui d’ailleurs viennent au monde « inachevés »

Mais aussi [selon moi] des prédispositions pour certains profils

Ce qui ressort, selon mon analyse personnelle, des témoignages de ce podcast (Chantal, Fathia, ou Mario), sans doute du fait de mon expérience de coach professionnel spécialisé (*) est que certains profils sont beaucoup plus touchés par cette difficulté à finir les choses.

Ils ont en effet les modes de fonctionnement suivants :

  • Une attirance plus forte que la moyenne pour la nouveauté
  • Une très grande curiosité, parfois débordante
  • Un très fort besoin d’intensité dans tout ce qu’ils vivent, et donc une appétence particulière pour les débuts, les lancements, qui concentrent cette intensité (le podcast fait notamment dans ce domaine un parallèle avec les aventures amoureuses)
  • Une énergie vitale plus intense, et peut-être une peur plus aigüe de la mort, et donc une crainte / aversion inconsciente pour toutes les fins.
  • Une très forte capacité d’adaptation

Ce dernier point est loin d’être un détail : l’émission insiste bien sur les aspects potentiellement positifs de cette tendance à ne pas finir les choses, et notamment sur ce que cela dit de la capacité d’adaptation des personnes concernées. En effet, autant savoir finir les choses peut être un vrai atout dans la vie professionnelle (et personnelle) pour savoir franchir des étapes et progresser, autant insister quand ce n’est pas pour vous peut être la marque d’un entêtement non pertinent.

La très forte capacité d’adaptation de ces profils constitue donc un avantage pour savoir abandonner certaines tâches, missions, ou encore un métier, qui ne leur conviennent plus, ou qui ne les nourrissent plus assez.

Les avantages de ce mode de fonctionnement si particulier ?

Comme je l’écris plus haut, ce trait de caractère peut être perçu tantôt (ou par certains) comme un « travers » ou un « défaut », ou tantôt (ou par d’autres) comme un avantage, comme le souligne très bien l’émission de France Inter.

Commençons par les avantages. Que permet cette tendance à ne pas finir ?

  • Ne pas risquer de persévérer dans des voies qui ne sont pas les siennes, ou qui vont à l’encontre de ses aspirations profondes ou ses valeurs
  • S’adapter et pivoter plus vite face aux opportunités et aux événements de la vie
  • Se laisser une part de liberté d’action
  • Accepter l’imperfection
  • Quitter un projet ou une soirée avant la fin, c’est se laisser plus de possibilités d’en garder un bon souvenir
  • Continuer d’apprendre et de progresser de par la variété et l’évolution de nos activités (qu’elles soient professionnelles ou personnelles)
  • Dans le domaine artistique, elle est même une véritable forme d’expression (référence notamment aux non finito de Michel Ange ou Rodin, d’où mon visuel, ou encore à l’œuvre Ouverte de Umberto Eco, qui implique plus les lecteurs et laisse la possibilité d’une pluralité d’interprétations).

Et qu’en est-il des inconvénients ?

Je parle surtout des inconvénients dans le cas des profils particulièrement touchés par ce mode de fonctionnement, qui peut devenir trop envahissant.

  • Le premier désavantage est d’abandonner potentiellement des idées, des projets, des métiers, qui nous intéressent vraiment, et de nourrir ensuite des regrets ou d’autres émotions négatives.
  • Il y a en particulier l’émotion de culpabilité, très bien exprimée dans l’émission de France Inter, qui dégrade l’image de soi et l’estime de soi.
  • Le second désavantage est de saper deux qualités essentielles dans la réussite, que sont la persévérance et la résilience.
  • Il peut aussi y avoir une incompréhension de la part de son entourage, ce qui nuit aux relations, y compris avec celles et ceux qui peuvent être de vrais soutiens moraux.
  • Et plus encore, ne pas terminer une formation, un travail, une mission, un projet, freine le sentiment d’accomplissement, pourtant essentiel à la confiance en soi et l’estime de soi.

Tous ces facteurs freinent le fait de déployer ses talents, ses aptitudes naturelles. Or mon expérience m’a montré que les profils concernés par ce phénomène sont aussi ceux qui ont déjà le plus de mal à exprimer leurs talents, souvent originaux et singuliers.

Voilà pourquoi il est si important d’avoir conscience de ce mode de fonctionnement en soi, et de savoir l’apprivoiser.

Comment mieux s’appuyer sur les atouts de ce phénomène, et ne pas souffrir de ses inconvénients ?

Ne pas souffrir des inconvénients ?

  • Eviter de prendre trop de décisions sous le coup des émotions, de façon impulsive (en particulier pour abandonner un projet ou un métier) : savoir prendre le temps de la rationalité
  • Ne plus culpabiliser en permanence, par exemple en écoutant ce podcast ! Ce mode de fonctionnement peut aussi être un puissant atout dans la vie
  • Travailler en parallèle sa persévérance (sans tomber dans l’entêtement)
  • Savoir expliquer son mode de fonctionnement aux autres, communiquer avec eux pour fluidifier les relations. Et ne pas dépendre de leurs seuls regards en la matière, car certains n’accepteront jamais cela, et c’est leur choix.
  • Savoir choisir les bons projets, les bons ouvrages, que vous terminerez, et savourer et célébrer le travail accompli.

Vous appuyer sur les atouts de ce mode de fonctionnement ?

  • Choisir des projets ou métiers qui vous nourrissent pleinement, en conscience
  • Ce qui suppose de bien se connaître : qu’est-ce qui est vraiment important pour vous ? (Exemple avec le fil rouge de Chantal dans le podcast, qui est la création)
  • Savoir célébrer votre aptitude à vous adapter, et identifier dans quels contextes cette aptitude peut vous être la plus utile, ou utile à votre entourage.
  • Savourer l’imperfection comme une vraie qualité, et donc contrer votre tendance par ailleurs à chercher cette perfection en permanence.
  • Prendre conscience de votre aptitude à apprendre et à progresser, bien plus que la moyenne.
  • Prendre conscience de votre aptitude créative, à initier / lancer des projets, à embarquer des équipes, mais aussi à transmettre le flambeau quand vous en ressentez le besoin

En synthèse

  1. La tendance à ne jamais finir les choses ne doit pas être perçue nécessairement comme un défaut
  2. Au contraire, elle peut être un puissant atout
  3. Certains profils sont particulièrement concernés
  4. Souvent ces profils en voient surtout la dimension négative, et la culpabilisation qu’ils vivent est très délétère pour eux et les empêche de « déployer leurs ailes »
  5. Déployer ses ailes pour ces profils suppose de savoir compenser les inconvénients, et s’appuyer sur les atouts d’une telle disposition

Pour aller plus loin

Si vous aussi, vous vous reconnaissez dans ce mode de fonctionnement, et que vous en souffrez, c’est que travailler sur ce point spécifique peut certainement vous aider à révéler votre vraie personnalité, et surtout à vous épanouir pleinement. Y compris si vous ne vous sentez pas concerné par la multi-potentialité (*).

Le 17 novembre prochain, j’animerai un webinaire gratuit consacré aux difficultés de ces profils en contexte professionnel, et je vous parlerai plus en détail de tous ces signaux qui peuvent vous aider à mieux vous connaître, et surtout des clés pour vous épanouir au plan professionnel.

Cyril Barbé

(*) Je pense aux profils concernés par la multi-potentialité, qui décrit la capacité et la préférence d’une personne à exceller dans au moins deux, et souvent trois ou quatre champs complètement différents, et qui sont particulièrement concernés par cette tendance à ne pas finir.

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De quelles différences parle-t-on ?

  • Pensée foisonnante, grande créativité, fonctionnement non linéaire, voire dispersion
  • Haute vitesse de réflexion, déconnection de leurs interlocuteurs, et oubli même de leur propre cheminement de pensée
  • Haute exigence, parfois insatisfaction récurrente, et perte d’estime d’eux-mêmes
  • Grande sensibilité, montagnes russes émotionnelles, et réactions parfois disproportionnées
  • Grand besoin d’apprendre et de découvrir, avec souvent l’ennui à la clé s’ils manquent de projets ou de sollicitation intellectuelle
  • Cerveau difficile à canaliser, parfois envahissant, forte anticipation, voire à la rumination.
  • Ce cerveau envahissant les conduit à certaines peurs récurrentes, comme la peur de l’échec, ou de déplaire.
  • Un besoin d’innover et d’optimiser en permanence, ce qui peut épuiser son environnement professionnel
  • Des valeurs vécues très fortement, comme le besoin de justice, d’authenticité, pas toujours faciles à trouver dans notre société.