Quand vos passions vous en apprennent beaucoup sur vous-même : l’exemple de la musique avec Simple Minds

Bien se connaître est considérée comme une compétence comportementale (« soft-skill ») absolument clé pour réussir professionnellement. J’ajoute qu’elle est aussi une condition pour s’épanouir personnellement dans la vie.

Cela peut paraître simple, mais pour certains profils complexes, il n’en est rien. Ils peuvent « se chercher » toute leur vie, et avoir en permanence le sentiment d’inachevé dans cette quête introspective.

Se baser sur ses passions est un excellent moyen d’apprendre à se connaître. A condition d’avoir les codes pour déchiffrer ces informations. A titre personnel, je me suis longtemps demandé pour quelles raisons j’étais aussi passionné par Simple Minds, ce groupe écossais de new-wave / rock alternatif. Ce alors même que je suis si difficile dans mes choix musicaux.

Si vous aussi vous aimez Simple Minds, et que vous vous interrogez sur vous-même, voire que vous ne savez pas bien qui vous êtes, au fond, alors cet article est fait pour vous.

Bien se connaître, pour quoi faire ?

« Gnothi seauton », autrement-dit « Connais-toi toi-même » était une des maximes gravées sur le fronton du Temples d’Apollon à Delphes. A l’époque, cette maxime signifiait « Sache que tu es mortel et non divin », et appelait aussi à l’humilité pour éviter l’arrogance et la démesure.

Aujourd’hui, c’est une condition pour pouvoir choisir une orientation professionnelle, et un environnement de travail qui nous convient. Ces questions sont de plus en plus prégnantes chez tout le monde aujourd’hui, car dans la pyramide des besoins (Maslow), l’accomplissement dans notre vie est devenu prioritaire.

Et pour certains profils plus complexes (*), ce besoin est encore plus fondamental, et paradoxalement, encore plus difficile à atteindre.

Il est plus fondamental encore pour eux car ils sont attirés par de multiples sujets, thématiques, connaissances, et deviennent souvent des poly-experts. Tout ceci crée un flou autour de leur personnalité, leurs besoins profonds.

A ceci s’ajoute le fait que leur grande empathie leur fait accorder plus de poids aux avis des autres qu’aux leurs, ce qui ajoute encore au flou.

Bien se connaître est donc aussi un moyen de savoir exprimer ses besoins profonds et authentiques, et donc non seulement d’être pleinement épanoui, mais aussi de s’éviter de grandes frustrations dans la vie, et donc des émotions négatives à répétition.

Le rôle clé des passions pour bien se connaître

Il semble très naturel de s’appuyer sur ses passions pour apprendre à bien se connaître. Celui qui adore l’escrime saura que c’est une activité qui le nourrit. Celle qui est passionnée par l’astrophysique saura comment s’épanouir dans la vie professionnelle. Ceux qui aiment l’art s’orienteront vers une carrière artistique, d’autres plus tournés vers les autres vers une carrière dans le social, etc …

Mais pour certains, les passions sont tellement multiples et variées qu’il leur est difficile d’en tirer des informations précises. Ou parfois, comme c’est le cas pour un groupe de musique, le sujet de passion n’est pas directement explicite pour notre personnalité.

Pourtant, chaque objet de passion recèle en lui-même de précieuses informations : le tout est de savoir les décoder.

L’exemple de la musique, avec le groupe Simple Minds

Je précise ici en préambule que mon interprétation de l’histoire, des paroles de leurs chansons, mais aussi de certains interviewes du groupe est totalement personnelle, et que je ne la pose en aucun cas comme une vérité absolue.

Dès 1983 j’ai été fasciné par la musique de Simple Minds. Je me passais en boucle leurs cassettes magnétiques (pour ceux qui ont connu !) en mode addiction totale. Curieusement, j’étais fan de tous leurs morceaux, du début à la fin, sans aucun déchet. Pourtant je me décris comme un hyper-exigeant dans beaucoup de domaines, à commencer par la musique.

Encore aujourd’hui 43 ans après, j’écoute inlassablement leurs albums, même les plus récents. Il m’a fallu attendre 2022 pour assister à un de leurs concerts, mais je me rattrape depuis puisque j’ai acheté mes places pour celui de Paris en avril 2027, qui sera donc mon 3ème concert en 5 ans.

D’où vient cet envoutement ? A l’époque, j’aurais été incapable de le décrire par des mots, mais j’identifie aujourd’hui plusieurs raisons :

  • Un son à la fois cristallin et complexe
  • Un rythme changeant et imprévisible
  • Des mélodies qui dégagent autant la mélancolie que la force
  • Une musique à la croisée de plusieurs influences et expérimentale : le Krautrock de l’Allemagne des années 70, le glamour et art-rock (Bowie, Roxy Music, Brian Eno, Velvet Underground), la black music (funk, soul, disco), et forcément le rock (Lou Reed, Springsteen, U2 …)

En bref, un style quasi indéfinissable, inclassable, incasable.

Un peu comme ma personnalité.

Aller plus loin avec l’histoire du groupe, et les paroles de leurs chansons

Je me suis toujours demandé ce que signifiait les paroles de leurs chansons, sans jamais trouver. Aujourd’hui, je le dis haut et fort, je trouve ces informations que Google n’avait jamais su me donner jusqu’alors, grâce l’IA.

New Gold Dream (81-82-83-84) : L’hymne de la libération

Ce titre est un vrai point de bascule dans leur histoire. En 1982, le groupe sort l’album New Gold Dream (81-82-83-84).

Entre 1979 et 1981, Jim Kerr et sa bande n’ont pas de succès et sont fauchés. Ils refusent de faire du rock classique, explorent des structures complexes, changent de style à chaque album. On les trouve bizarres, inclassables. Ils se sentent terriblement seuls.

En 1982, ils arrêtent de vouloir « rentrer dans un moule ». Ils publient l’album « 81-82-83-84 ». C’est le cri d’un groupe qui s’autorise enfin à projeter sa vision, à assumer sa fluidité, un véritable hymne à leur singularité.

Résultat ? Un chef-d’œuvre absolu, un succès mondial, qui influencera toute une génération (dont U2).

Dans une interview accordée en 2023, Jim Kerr explique la signification profonde de ce titre et de ces chiffres :

  • Les années « 81-82-83-84 » représentent une projection dans le temps. C’est le moment exact où le groupe a senti qu’il sortait enfin du tunnel des années de galère.
  • Une recherche de « conscience » : Kerr a décrit l’écriture des paroles de ce morceau comme un « flux de conscience ». Il cherchait à capturer l’esprit d’une époque nouvelle, et l’exprimer ou le décrypter au monde.
  • L’optimisme retrouvé : ils cessent enfin de s’excuser d’être différents. Au lieu de voir leur originalité comme un fardeau qui les isole, ils la transforment en une force lumineuse, chaleureuse et dansante. C’est l’instant où le monde comprend et accueille leur avant-gardisme.

Quelle transposition pour moi-même (et pour vous-même, si vous vous reconnaissez aussi dans ces paroles) ?

  • Rentrer dans un moule quand on est différent est à la fois improductif et épuisant. Exprimer sa singularité est le premier pas indispensable du succès.
  • La musique jour un effet miroir : cette aptitude de Jim Kerr à se projeter dans l’avenir, à imaginer un futur pertinent et rayonnant, c’est aussi vous-même, et c’est une vraie force.
  • De même : cette combinaison de polarités [à priori] opposées que vous adorez chez Simple Minds, c’est probablement aussi vous-même, et c’est aussi un talent, en particulier quand on est dans un monde complexe.

« C » Moon Cry Like A Baby : accepter la complexité et la sensibilité

Dans cette chanson, Kerr écrit « Could it be we can’t understand? […] But our children sing, love will conquer anything. » (Se pourrait-il qu’on ne puisse pas comprendre ? […] Mais nos enfants chantent, l’amour conquerra n’importe quoi)

Mon analyse de cette phrase : le monde est de plus en plus complexe, et il s’accélère, et la majorité des gens simplifient à l’extrême. Kerr voit cette complexité, ce qui peut créer une immense fatigue ou un sentiment d’isolement (« Est-ce moi qui ne comprends rien, ou sont-ils aveugles ? »).

Peut-être y a-t-il une autre interprétation possible : « se pourrait-il que je sois éternellement incompris des autres » ?

Et l’amour est finalement le plus puissant, il peut transcender tout, surmonter les obstacles de cette incompréhension.

Quelle transposition pour moi-même et pour vous ?

  • Votre vision et compréhension de la complexité du monde n’est pas vaine, elle est même vitale pour votre organisation
  • Cessez de vous blâmer pour votre sensibilité. Elle capte des informations clés de votre environnement, des signaux faibles pour votre organisation. Et elle est même un puissant levier de connexion humaine. Elle n’est pas un bug, elle est une boussole.

« Don’t You (Forget About Me) » : le piège du conformisme et l’oubli de soi

« Don’t you try and pretend / It’s my feeling we’ll win in the end » (« N’essaie pas de faire semblant / J’ai le pressentiment qu’à la fin, c’est nous qui gagnerons. »). Ce diptyque décrit le combat entre le Moi social (le masque, la conformité) et le Moi profond (l’authenticité, la différence, les intuitions).

Jim Kerr lance ici une injonction : arrête d’essayer de rentrer dans le moule. Faire semblant d’être quelqu’un d’autre pour plaire au système est un jeu épuisant qui mène tout droit au burn-out identitaire. C’est l’oubli total de soi.

Quelle transposition pour moi-même et pour vous ?

  • Ne vous excusez plus d’avoir plusieurs passions, et d’évoluer en permanence. Votre capacité à faire des ponts entre des domaines radicalement différents, et votre agilité mentale sont précisément ce qui fait de vous un profil innovant et irremplaçable.

Pour aller plus loin

Si vous aussi, vous êtes fan de Simple Minds sans trop savoir pourquoi, et que vous vous reconnaissez dans certains de ces modes de fonctionnement différents, c’est sans doute que en apprendre plus sur vous-même pourrait constituer un puissant levier dans votre carrière, et que vos passions pourraient jouer un rôle majeur dans ce cadre. Y compris si vous ne vous sentez pas HPI ou multi-potentiel.

Le 17 novembre prochain, j’animerai un webinaire consacré aux difficultés de ces profils en contexte professionnel, et je vous parlerai plus en détail de ces situations de décalage, et surtout des clés pour retrouver durablement une vie professionnelle qui ait du sens, de la stimulation et de la cohérence avec vous-même.

Cyril Barbé

(*) Je pense aux profils concernés par la multi-potentialité, ce phénomène qui décrit la capacité et la préférence d’une personne à exceller dans au moins deux, et souvent trois ou quatre champs complètement différents : arts et sciences, biologie et économie, ressources humaines et sport, …

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De quelles différences parle-t-on ?

  • Pensée foisonnante, grande créativité, fonctionnement non linéaire, voire dispersion
  • Haute vitesse de réflexion, déconnection de leurs interlocuteurs, et oubli même de leur propre cheminement de pensée
  • Haute exigence, parfois insatisfaction récurrente, et perte d’estime d’eux-mêmes
  • Grande sensibilité, montagnes russes émotionnelles, et réactions parfois disproportionnées
  • Grand besoin d’apprendre et de découvrir, avec souvent l’ennui à la clé s’ils manquent de projets ou de sollicitation intellectuelle
  • Cerveau difficile à canaliser, parfois envahissant, forte anticipation, voire à la rumination.
  • Ce cerveau envahissant les conduit à certaines peurs récurrentes, comme la peur de l’échec, ou de déplaire.
  • Un besoin d’innover et d’optimiser en permanence, ce qui peut épuiser son environnement professionnel
  • Des valeurs vécues très fortement, comme le besoin de justice, d’authenticité, pas toujours faciles à trouver dans notre société.