Dans ma série « Bien se connaître est fondamental pour s’épanouir personnellement dans la vie », et se baser sur ses passions comme puissant moyen d’apprendre à se connaître, je veux vous parler cette semaine du besoin d’intensité, en particulier dans le sport.
A titre personnel, j’ai trouvé cette intensité dans plusieurs sports – ski, course à pied, courses en montagne, et surtout planche à voile. Et dans ce dernier, il y a plusieurs facteurs qui ont contribué à cette intensité, dont la vitesse.
Si vous aussi vous avez ressenti ce besoin d’intensité dans votre vie, en particulier dans vos pratiques sportives, et que vous vous interrogez sur vous-même, voire que vous ne savez pas bien qui vous êtes au fond, alors cet article est probablement fait pour vous.
Le rôle clé des passions pour bien se connaître
J’ai déjà développé ce sujet dans mon dernier article en lien avec la musique. Mais il me semble utile de rappeler en quoi il n’est pas si simple, pour certaines personnes, de décoder les informations de ses passions :
- Celles-ci sont tellement multiples et variées qu’il leur est difficile de savoir quoi faire de cette abondance d’informations
- Parfois, le sujet de passion n’est pas directement explicite pour comprendre notre personnalité.
- Et surtout, ces informations ne sont pas exploitable quand on ne sait pas exactement ce que l’on cherche.
Par exemple quand il s’agit de décrypter notre éclectisme, ou notre besoin d’intensité, comme le sujet de cet article.
Autrement-dit, chaque passion recèle en elle-même de précieuses informations, mais il est souvent difficile de savoir les décoder.
L’exemple du sport avec la planche à voile
Je précise ici en préambule que je ne prétends pas être un compétiteur de ce sport, ni même un expert. D’ailleurs à 61 ans, j’ai arrêté de pratiquer il y a déjà quelques années.
Mais mes souvenirs les plus intenses dans ma vie, je les dois tous à ce sport.
Et ce qui me frappe le plus, c’est que parfois 20 ou 30 ans après, je peux me remémorer ces souvenirs comme si je les vivais aujourd’hui. Et surtout, les émotions que je vis alors sont les mêmes qu’à l’époque, et ont un pouvoir quasi magique sur mes aptitudes, qu’elles soient physiques, intellectuelles, ou psychologiques.
Cela veut dire que rappeler mes souvenirs de planche à voile ont un puissant effet sur mon mental, pour me dépasser physiquement, psychologiquement, ou encore pour me fixer et atteindre des objectifs, tout aussi ambitieux et difficiles que l’était ma pratique sportive.
En quoi je vois la planche à voile comme un sport difficile ?
Ce sport nécessite tout à la fois :
- D’avoir acquis les bases de la voile, de la bonne orientation de sa voile et de sa planche par-rapport au vent, ce qui est loin d’être évident.
- D’avoir un grand sens de l’équilibre sur le flotteur, qui a toujours tendance à bouger dans tous les sens et ne jamais rester à plat.
- De savoir coordonner très précisément ses gestes entre le placement des jambes, qui assurent l’équilibre du flotteur, et le placement du buste et des bras qui assurent le maintien du grément dans les bons axes.
- Une excellente condition physique, car il mobilise l’ensemble du corps, et de gros efforts musculaires dans certaines situations.
De plus, quand on va vers le funboard, à savoir une version rapide et allégée de planche à voile, on part rapidement en aqua-planning, et donc prend beaucoup plus de vitesse, ce qui en rend la pratique beaucoup plus exigeante.
Les manœuvres classiques de changement de bord deviennent alors ultra-techniques et nécessitent une coordination des gestes encore plus précise et rapide (comme par exemple avec ce qu’on appelle le jibe, ou l’empennage rapide).
Mon souvenir est d’avoir dû tenter des dizaines de fois cette manœuvre avant de la réussir vraiment, avec un taux de chute très important. Il m’a fallu une énorme dose de persévérance pour la réussir.
Pour les plus aguerris, qui utilisent un flotteur si léger qu’il n’est pas possible de le faire flotter en se tenant debout dessus à l’arrêt, le démarrage ne peut se faire que grâce à une autre manœuvre très délicate : le water-start, qui consiste à démarrer en ayant le corps dans l’eau, et en se faisant sortir par la seule force du vent.
Quelle nature d’intensités vit-on avec ce sport ?
Bien sûr, la première nature d’intensité qui vient à l’esprit est la vitesse. Celle-ci est d’autant plus grisante que le corps est au raz de l’eau.
La seconde nature d’intensité réside dans les risques physiques. Chuter à ces vitesses peut en effet avoir de lourdes conséquences. On peut aussi se retrouver au large en difficulté à cause d’un vent beaucoup trop fort que l’on ne maîtrise pas. Ou encore se retrouver coincé sans air sous sa voile plaquée sur l’eau après une chute, et le harnais accroché à sa voile, avec une urgence de se décrocher et retrouver l’air libre.
Je cite ces trois exemples à dessein : je les ai moi-même tous vécus. Il m’est notamment arrivé plusieurs fois d’être projeté à l’avant de ma planche ; une fois j’ai été blessé à la bouche, heureusement sans gravité. Et je revis encore ces moments de stress intense bloqué sous ma voile sans pouvoir respirer.
Il existe une autre nature d’intensité en planche à voile, plus subtile, je parle de la connexion aux éléments naturels.
A ce sujet, j’ai un souvenir très intense d’une journée où je pratiquais seul dans la baie de Concarneau, sous un énorme grain. J’ai ressenti alors une totale communion avec la mer et avec la pluie, qui frappait tout mon corps, quelque chose que j’ai rarement ressenti aussi fort dans toute ma vie.
Que nous apprennent ces besoins d’intensité ?
Pour commencer par ce premier facteur, la vitesse nous place dans un état particulier – le flow (ou expérience optimale en français). Il a été théorisé par un psychologue américain au nom imprononçable, Mihály Csíkszentmihályi. Il s’agit d’un état mental état mental atteint lorsque l’on est complètement plongé dans une activité, en état maximal de concentration, et que le niveau de difficulté se situe juste au-dessus du niveau de compétence.
Ce que ce besoin de griserie par la vitesse peut vous apprendre sur vous-même ? Vous êtes probablement très rapides dans beaucoup de choses, en particulier au plan mental, et vous recherchez donc cette vitesse pour avoir un niveau suffisant de sensations vitales.
Concernant le risque physique, il déclenche cette décharge d’adrénaline, souvent mentionnée par d’autres sportifs, tels que les montagnards ou les wingsuiters par exemple, comme un élément clé pour se sentir pleinement « vivants ».
Je précise que je ne parle pas ici de « risque-tout » inconscients : ceux qui, comme moi-même, aiment ce niveau d’engagement avec des risques à la clé, calculent tous ces risques pour les réduire au maximum et se décrivent plutôt comme des personnes prudentes.
Ce que ce besoin de niveau de défi dans le risque physique peut vous apprendre sur vous-même ? Vous avez besoin de vivre les choses très intensément pour vous épanouir, et cela concerne aussi probablement votre contexte professionnel.
Concernant enfin la connexion aux éléments, elle traduit une sensibilité particulière, une conscience aigüe de sa fragilité face à la puissance de la nature, et un besoin de revenir à certaines formes de simplicité.
Ce que ce besoin de connexion à la nature peut vous apprendre sur vous-même ? Il est probablement révélateur de votre grande sensibilité (et donc de capacités à percevoir des signaux que ne perçoivent pas la plupart), d’un grand respect de la nature, et d’un besoin de s’y connecter pour se ressourcer, mais aussi d’une grande humilité, indispensable pour oser se mesurer à ces éléments.
Pour aller plus loin
Si vous aussi, vous êtes – ou avez été – fan de pratique sportive intense – que ce soit de planche à voile ou autre, sans trop savoir pourquoi, et que vous vous reconnaissez dans certains de ces modes de fonctionnement différents, c’est peut-être que votre passion du sport peut vous faire encore découvrir des choses sur vous-même. Y compris si vous ne vous sentez pas HPI ou multi-potentiel (*).
Le 17 novembre prochain, j’animerai un webinaire consacré aux difficultés de ces profils en contexte professionnel, et je vous parlerai plus en détail de comment concilier ce besoin d’intensité avec une vie stable et pleinement épanouie.
Cyril Barbé
(*) La multi-potentialité est ce phénomène qui décrit la capacité et la préférence d’une personne à exceller dans au moins deux, et souvent trois ou quatre champs complètement différents : arts et sciences, biologie et économie, ressources humaines et sport, …



