Vous réussissez au travail, mais quelque chose ne va pas.

On voit souvent la réussite au travail essentiellement sous l’angle de la capacité à réaliser efficacement ses missions, à atteindre ses objectifs – qu’ils soient liés aux compétences du métier ou comportementaux.

C’est d’ailleurs principalement ce que l’on évalue en entretien individuel, et qui a en général un impact direct sur la carrière et le salaire.

Cette « réussite » est tout à fait suffisante chez la majorité des salariés. Mais chez certaines personnes curieusement, cela ne leur suffit pas. Elles aiment leur job, on reconnaît leurs compétences, leurs résultats sont à la hauteur des attentes, parfois bien plus, mais elles restent insatisfaites.

D’où peut venir ce sentiment diffus de frustration ? Et surtout, comment y faire face ? Découvrez-le dans cet article.

Un sentiment de frustration souvent diffus et difficile à qualifier

Vous avez un bon poste, on reconnaît vos compétences, on vous confie des responsabilités, les projets nouveaux, les missions difficiles, et vous aimez ça.

Votre parcours s’est déroulé jusque là sans encombre, et même mieux que la plupart de vos collègues, vous avez gravi certains échelons de la hiérarchie et des responsabilités.

Vous avez de bonnes relations avec votre hiérarchie et vos collègues.

Le cas échéant si vous êtes manager, vos collaborateurs vous apprécient beaucoup, notamment parce que vous aimez et cherchez à les faire grandir.

Vous obtenez des résultats. Et pourtant vous avez des frustrations :

  • Vous n’êtes pas vraiment satisfait
  • Vous ressentez facilement une lassitude, une impression de répétition
  • Vous avez le sentiment de ne plus apprendre suffisamment.
  • Vous auriez envie de changer de poste, mais vous ne voyez pas quoi faire au coup d’après

Ces sentiments sont difficiles à qualifier et à exprimer pour plusieurs raisons :

  • Vous avez l’impression d’être seul.e à les ressentir
  • Quand vous en parlez autour de vous – à commencer par vos proches – ils ne comprennent pas votre insatisfaction alors que tout semble bien aller
  • Vous avez du mal à trouver des facteurs objectifs à votre mal-être

D’où viennent ces frustrations concrètement ?

  • L’ennui au travail : c’est le point principal, tout vous semble facile, et vous manquez de niveau de difficulté, de challenge, qui sont essentiels à votre motivation
  • Vous ressentez comme un plafond de verre : on ne vous confie pas ces projets et missions qui vous attirent, qui restent au niveau hiérarchique supérieur, ou parfois vous n’osez pas les solliciter, alors que vous vous sentez tout à fait capable de les mener à bien.

A ces deux aspects peuvent venir s’adjoindre d’autres aspects plus subtils, tels que :

  • La difficulté à être entendu ou compris par votre hiérarchie, malgré les bonnes relations que vous entretenez avec elle : vos idées, vos visions, ne sont pas entendues, ou alors très tardivement. Vous ressentez comme une forme d’incompréhension dans certaines situations, sur certains sujets.
  • Le manque de sens : certaines décisions de votre organisation vous semblent vides de sens, et votre sentiment n’est pas partagé par tous
  • Le manque de justice : certaines décisions de votre hiérarchie peuvent parfois vous sembler difficiles à comprendre, ou déconnectées d’une certaine réalité, et là encore vous semblez seul.e à le ressentir ainsi

Le paradoxe des personnes qui réussissent

C’est une situation que je rencontre régulièrement chez les personnes que j’accompagne, les profils multi-potentiels (*).

Elle est paradoxale parce que, vu de l’extérieur, tout va plutôt bien.

Lorsque l’on est en échec, le problème est relativement facile à identifier : on identifie les compétences manquantes, ou plutôt celles dans lesquelles on réussirait mieux, et on peut chercher une autre entreprise, un autre métier, ou un environnement professionnel plus favorable.

Mais pourquoi changer lorsque l’on réussit ?

On accepte un poste, puis un autre, et les promotions qui vont avec. On devient expert, on gagne en responsabilités, on monte dans la hiérarchie quand on manage. Et plus on devient performant, plus il peut devenir difficile de partir, parce que :

  • Il vous semble que l’entreprise compte sur vous.
  • Votre parcours est cohérent
  • Vous avez mis des années à construire cette position
  • Votre salaire est confortable.
  • Et vos proches vous confirment que c’est une grande chance que vous avez là

Mais vous le savez mieux qui quiconque : réussir n’est pas forcément s’épanouir.

  • On peut être très bon dans une activité qui ne nous nourrit plus.
  • On peut être reconnu pour une compétence que l’on n’a plus envie d’exercer.
  • On peut avoir atteint le niveau de responsabilité dont on rêvait, et finalement découvrir que ce n’est pas là que l’on souhaite aller.
  • On peut même être devenu « trop compétent » pour son propre poste.
  • On peut aussi s’épanouir pleinement dans son poste, mais ressentir un décalage avec sa hiérarchie ou les valeurs de son organisation.

Lorsque l’on maîtrise très rapidement les problèmes que l’on nous confie, le travail perd progressivement de sa saveur, ce qui le rendait stimulant : la découverte, l’apprentissage, l’incertitude, la recherche, la construction.

Et lorsque l’on se sent isolé, une belle carrière perd aussi une bonne part de son sens, car on a un besoin de connexion aux autres plus fort que la moyenne.

Quels liens avec le fonctionnement des HPI / Multi-potentiels ?

Ce fort besoin d’apprendre, d’explorer, de nouveauté, est très caractéristique des multi-potentiels (*).

Ces profils ont en effet un besoin particulièrement élevé dans leur job de complexité, d’apprentissage, de variété, d’autonomie intellectuelle ou de renouvellement.

Le problème n’est pas que leur travail est inintéressant, il est juste devenu trop prévisible, ou trop facile, par rapport à leur manière de fonctionner.

A cette difficulté s’en ajoute une autre : leur forte empathie les fait se fier plus au regard des autres qu’à leur propre regard. Or les autres considèrent qu’ils ont une grande chance d’être là où ils sont, et cette injonction inconsciente les pousse à poursuivre toujours plus loin cette situation qui, pourtant, ne leur convient plus.

Comment faire face à ces situations ? Quelles solutions ?

Faut-il tout changer ? C’est souvent la première conclusion à laquelle on arrive.

Ce d’autant plus que la frustration accumulée peut être forte, et que ces profils peuvent parfois avoir tendance à réagir de façon impulsive, émotionnelle, et donc radicale.

La réponse n’est pas si simple.

  • Parfois oui, car votre organisation n’est plus capable de vous nourrir suffisamment, ou de vous proposer un poste qui vous satisfera pleinement, ou parfois parce que vous ressentez un trop fort décalage de valeurs
  • Mais parfois non, car on n’a pas suffisamment exprimé ses besoins auprès de sa hiérarchie

J’ai un accompagné un grand nombre de managers de haut niveau qui évoquaient clairement cette option du départ avant coaching, et qui à l’issue de la mission m’ont dit « je n’avais tout simplement pas envisagé le bon poste au sein de mon entreprise », ou « je n’ai pas osé le demander », ou encore « je n’ai pas mis les bons arguments pour l’obtenir ».

Et ces managers ont in fine obtenu le poste souhaité : accéder au Codir, prendre la direction d’un projet complexe, être en charge de la transformation du groupe, ou de l’inclusion et la diversité au sein du groupe …

Savoir analyser vraiment ce qui ne va pas est absolument essentiel

Car changer d’environnement sans comprendre ce qui nous pose réellement problème peut conduire à reproduire le même scénario quelques années plus tard.

Nouveau poste, nouvelle entreprise, nouvelle excitation. Et quelques années après, la même sensation revient.

Le piège peut en effet facilement être de chercher le métier parfait ou le poste parfait, d’autant plus pour des personnalités naturellement exigeantes.

La question est donc plus d’identifier quels critères dans votre poste, votre environnement professionnel, pour pouvoir donner le meilleur de vous-même. Quels sont vos besoins en termes de :

  • Niveau de complexité ?
  • Niveau d’autonomie ?
  • Variété / diversité des missions ?
  • Opportunités d’apprentissage ?
  • Espaces de liberté, de création ?
  • Potentiels de projets nouveaux auxquels vous pouvez contribuer ?
  • Impacts que vous pouvez avoir sur les résultats qui comptent pour vous ?
  • Nature de relations humaines au sein de votre entreprise, votre direction ?

Parfois aussi, il suffit de réaménager sa manière de travailler, son périmètre, ses responsabilités ou ses projets, pour que la frustration diminue, voire disparaisse.

Peut-être faut-il aussi porter une attention plus fine à ces sentiments de frustration, savoir les écouter, au lieu de faire confiance au regard des autres. Et cesser de considérer que vos pensées et sentiments sont un problème, et qu’elles peuvent au contraire constituer vos plus grandes ressources internes.

Pour aller plus loin

Si vous vous reconnaissez dans ce paradoxe – réussir, mais ne plus savoir très bien pourquoi vous continuez, c’est sans doute une question qui mérite d’être explorée. Y compris si vous ne vous sentez pas HPI ou multi-potentiel.

Le 17 novembre prochain, j’animerai un webinaire consacré aux difficultés de ces profils en contexte professionnel, et je vous parlerai plus en détail de ces situations de décalage, et surtout des clés pour retrouver durablement une vie professionnelle qui ait du sens, de la stimulation et de la cohérence avec vous-même.

Cyril Barbé

(*) La multi-potentialité décrit la capacité et la préférence d’une personne à exceller dans au moins deux, et souvent trois ou quatre champs complètement différents : arts et sciences, biologie et économie, ressources humaines et sport, …

Partager sur les réseaux sociaux

Facebook
Twitter
LinkedIn

Catégories

Articles

De quelles différences parle-t-on ?

  • Pensée foisonnante, grande créativité, fonctionnement non linéaire, voire dispersion
  • Haute vitesse de réflexion, déconnection de leurs interlocuteurs, et oubli même de leur propre cheminement de pensée
  • Haute exigence, parfois insatisfaction récurrente, et perte d’estime d’eux-mêmes
  • Grande sensibilité, montagnes russes émotionnelles, et réactions parfois disproportionnées
  • Grand besoin d’apprendre et de découvrir, avec souvent l’ennui à la clé s’ils manquent de projets ou de sollicitation intellectuelle
  • Cerveau difficile à canaliser, parfois envahissant, forte anticipation, voire à la rumination.
  • Ce cerveau envahissant les conduit à certaines peurs récurrentes, comme la peur de l’échec, ou de déplaire.
  • Un besoin d’innover et d’optimiser en permanence, ce qui peut épuiser son environnement professionnel
  • Des valeurs vécues très fortement, comme le besoin de justice, d’authenticité, pas toujours faciles à trouver dans notre société.