Malgré un narratif croissant dans ce domaine, les émotions restent encore assez tabou dans le monde professionnel : on est sensé savoir les contrôler en toutes situations, gage d’un véritable fonctionnement rationnel et objectif, qui plus est pour des managers, membres de CoDir. Ou même dirigeants d’entreprise.
Or les profils HPI / multi-potentiels vivent leurs émotions avec une plus forte intensité, ce qui constitue à la fois une force, mais aussi un véritable handicap. C’est ainsi que nombre d’entre eux finissent par se couper progressivement de leurs émotions, parfois très tôt dans leur vie, avec de lourds impacts à long terme.
Malgré un narratif croissant dans ce domaine, les émotions restent encore assez tabou dans le monde professionnel : on est sensé savoir les contrôler en toutes situations, gage d’un véritable fonctionnement rationnel et objectif, qui plus est pour des managers, membres de CoDir. Ou même dirigeants d’entreprise.
Or les profils HPI / multi-potentiels vivent leurs émotions avec une plus forte intensité, ce qui constitue à la fois une force, mais aussi un véritable handicap. C’est ainsi que nombre d’entre eux finissent par se couper progressivement de leurs émotions, parfois très tôt dans leur vie, avec de lourds impacts à long terme.
En quoi les HPI sont-ils particulièrement concernés par ce sujet ? En quoi leurs émotions sont-elles à la fois un « handicap » et une force ? Pour quelles raisons les HPI peuvent-ils se couper de leurs émotions, et quels en sont les impacts ? Pourquoi la colère est-elle l’émotion la plus fréquente chez eux ? Et surtout, pourquoi et comment apprendre à s’y reconnecter sans se mettre en danger ?
C’est ce que je vous propose d’explorer dans ce nouvel article.
HPI et forte sensibilité : une corrélation constatée sur le terrain
Le lien entre haut potentiel intellectuel et hypersensibilité fait fortement débat dans le monde scientifique. Autant on parle de 2,3% de la population pour les HPI, par construction puisque le HPI se définit par un QI supérieur à 130, soit 2 écarts-types au-dessus de la moyenne de 100, autant on parle de 15 à 20% de la population concernée par une forte sensibilité.
Pourtant, certains psychologues et neuroscientifiques avancent désormais que ce sont les mêmes particularités physiologiques et neurologiques constatées aux IRM (gaines de myéline plus denses et épaisses, connexions synaptiques plus denses notamment) qui caractérisent à la fois les HPI et les personnes plus sensibles.
Autrement-dit, d’une certaine façon, il n’y aurait pas « d’agilité mentale » sans une forte sensibilité (je ne parle pas d’hyper-sensibilité), et inversement.
Et c’est aussi le constat des praticiens en accompagnement professionnel de HPI / multi-potentiels sur le terrain, dont je fais partie.
Le premier paradoxe émotionnel des HPI
D’un côté, leur forte sensibilité pourrait laisser penser qu’ils développent naturellement une intelligence émotionnelle supérieure. Ils disposent effectivement :
- D’une grande sensibilité
- D’une empathie plus forte que la moyenne
- D’une excellente lecture des situations humaines
- D’intuitions fréquentes et pertinentes dans de nombreux domaines, car ils captent beaucoup de « signaux faibles »
- Et souvent de certaines formes d’hyper-esthésie
Mais dans le même temps, beaucoup de HPI ont appris très tôt à masquer leurs émotions, à les rationaliser, les minimiser, voire à s’en couper complètement.
- Par réflexe d’autoprotection car certaines de leurs émotions étaient trop difficile à supporter
- Du fait des retours négatifs que les autres leur ont fait de l’expression de leurs émotions « débordantes »
- Parce que certaines émotions – comme la colère – sont socialement risquées, car associées au conflit et à l’agressivité
- Et aussi : parce qu’ils ont souvent été un moment dans leur vie la proie de personnes manipulatrices, toxiques, qui ont utilisé la grande sensibilité de ces HPI pour profiter d’eux.
Ce mécanisme est d’autant plus fréquent chez les hommes HPI, pour lesquels la maîtrise de soi, la performance et le contrôle émotionnel sont des codes implicites de valorisation professionnelle. C’est pourquoi je constate qu’il est plus difficile pour eux d’aborder ce sujet.
Avec le temps, cette déconnexion devient tellement « intégrée » que la personne ne réalise même plus qu’elle fonctionne en permanence « à distance » de ses propres émotions.
Anecdote : beaucoup de mes clients ont une posture de grand contrôle en toutes situations – ce qui explique au passage pourquoi ils sont si mal à l’aise avec l’échec, et me disent souvent « je ne ressens pas vraiment d’émotion », ou répondent souvent de façon rationnelle à une question concernant leurs émotions.
Le second paradoxe émotionnel des HPI
D’un côté, cette sensibilité et ces émotions débordantes sont perçues comme un handicap, en particulier en contexte professionnel :
- Il leur est très difficile de contenir, et même de masquer leurs émotions, malgré cette posture de grand contrôle, ce qui freine leur évolution de carrière
- Leur émotion principale est sur le registre de l’agacement et de la colère (cf plus loin), une émotion particulièrement inacceptable et aux conséquences délétères, notamment dans leurs relations interpersonnelles
- Elles les conduisent à se déconnecter régulièrement de leur cortex préfrontal, et ainsi à prendre fréquemment des décisions impulsives ou affectives, qu’ils regrettent plus tard
- Et plus encore : les techniques classiques de gestion des émotions ne fonctionnent pas ou mal pour eux-mêmes, car leurs émotions arrivent trop vite et trop fort
- Leur hyper-esthésie peut être un vrai handicap dans des environnements en surcharge sensorielle
- Enfin, leur forte empathie est un des facteurs qui les conduit à la sur-adaptation et à l’oubli de soi, voire la perte identitaire.
De l’autre, elles peuvent constituer de grandes forces, et notamment :
- Un enthousiasme qui leur permet de lancer des projets difficiles et ambitieux, et communicatif : ils embarquent facilement avec eux sur ces projets
- Une forte créativité (*)
- Une grande gratitude, capacité à s’émerveiller (**)
- Des souvenirs émotionnels positifs très forts, qui deviennent de puissants facteurs de motivation et d’implication durable
- De grandes qualités de présence relationnelle (***)
(*) Même si certains HPI me disent « je ne suis pas très créatif », ce que j’explique par deux facteurs : leur haut niveau d’exigence qui leur fait toujours relativiser leurs talents naturels, mais aussi la sur-adaptation qui freine cette créativité naturelle depuis leur enfance.
(**) Là aussi cette capacité de gratitude et d’émerveillement peut être progressivement freinée / masquée par leur exigence et leur tendance à ne jamais être pleinement satisfaits.
(***) Ce n’est pas pour rien que l’on trouve un fort taux de HPI dans les métiers du social, du médical, de l’enseignement, ou de l’accompagnement (psy ou coaching),
La colère : l’émotion emblématique des HPI ?
Les profils HPI / multi-potentiels vivent quotidiennement de multiples frustrations :
- Lenteur perçue de leur environnement, des échanges avec les autres, des décisions de leur employeur, et sentiment de devoir constamment se limiter ou se freiner
- Sentiment de décalage entre leur propre niveau d’exigence et celui de leur entourage
- Difficultés à faire passer certaines idées, visions, ou intuitions, et incompréhensions de la part de leurs interlocuteurs
- Et plus généralement : sentiment de ne pas pouvoir pleinement exprimer leurs talents, leurs spécificités
Or l’émotion associée à la frustration est l’agacement, puis la colère. Et cette colère est particulièrement difficile à gérer, et souvent mal vécue par les personnes concernées elles-mêmes, pour deux raisons au moins :
- Elles entrent en contradiction avec l’image qu’elles souhaitent donner, d’empathie, de bienveillance, d’intelligence collective, et de contrôle de soi
- Ils sont souvent dans l’auto jugement, ce qui génère un puissant sentiment de culpabilité, qui renforce encore leurs émotions négatives dans une logique de cercle vicieux.
Quels impacts cette déconnexion émotionnelle produit-elle ?
Cette coupure émotionnelle peut devenir très coûteuse.
- Sur le plan relationnel d’abord : certaines personnes finissent par apparaître froides, distantes, abruptes, ou juste « difficiles à lire ».
Certains managers HPI peuvent même devenir involontairement et inconsciemment brutaux ou harcelants dans leur communication.
- Dans la relation à soi-même ensuite : les personnes concernées se retrouvent aussi coupées de leurs besoins profonds, leurs limites, leurs valeurs
- Elles peuvent alors rester trop longtemps dans des environnements inadaptés
- Et par-dessus tout, se couper de ses émotions empêche de les identifier, et donc de les gérer, conduisant à terme à un épuisement psychologique et mental, parfois jusqu’au burn-out.
Comment se reconnecter à ses émotions sans se mettre en danger ?
Les clés incontournables de la gestion et la régulation des émotions sont alors de savoir :
- Les identifier (savoir les nommer)
- Les accueillir sans jugement, car elles ont une vraie utilité
- Les exprimer oralement (et pas seulement dans sa tête)
- Les comprendre, c’est-à-dire savoir en identifier les causes (contextes qui la produisent) et les besoins associés (par exemple la protection quand on ressent la peur ou la crainte)
- Et enfin, de savoir répondre à ces besoins (ce qui est parfois loin d’être simple).
Ces apprentissages ne sont pas facilement seul, car ils réveillent nos peurs qui deviennent alors un frein pour les travailler.
Mais la gestion des émotions prend une dimension spéciale chez les HPI, car leurs émotions arrivent si fort et si vite, que quand ils en prennent conscience, il est presque déjà trop tard, ce qui explique pourquoi les techniques classiques de régulation – comme les techniques de respiration – sont souvent inopérantes pour ces profils.
Pourquoi l’accompagnement par un coach spécialisé HPI est-il vital pour eux ?
Dans leur cas, il leur est donc essentiel d’apprendre – en plus – à anticiper leurs émotions, pour mieux savoir réagir lorsqu’elles apparaissent. C’est une des techniques que j’apprend à développer chez mes clients, qui fait toute la différence par-rapport aux coaches classiques.
De plus, un accompagnement sur les émotions doit suivre un chemin de crête très étroit : savoir amener son client sur ce sujet délicat et le sortir de ce refus d’obstacle, tout en respectant ses peurs et son rythme, et en sécurisant ce chemin. Seul un coach lui-même HPI et très sensible peut guider d’autres HPI sur ce chemin à risques.
Enfin, les émotions chez ces profils sont toujours associées au fonctionnement cognitif, à une histoire personnelle spécifique, à leur rapport à la différence, à leur sur-adaptation, et c’est pourquoi le coach choisi doit aussi comprendre et avoir intégré pleinement ces spécificités.
L’objectif n’est donc pas de rendre les émotions moins fortes ou moins visibles, mais d’apprendre à en faire de véritables alliées.
Pour aller plus loin
Si ces sujets des émotions et de la grande sensibilité résonnent en vous, je vous propose d’explorer ce sujet plus en profondeur lors de mon prochain webinaire gratuit dédié aux HPI et multi-potentiels, le mardi 7 juillet 2026 à 18h30.
C’est aussi un sujet que j’aborde dans ma formation-action Masterclass HPI.
Et dans mes prochains articles cet été 2026, je vous proposerai de découvrir plusieurs personnalités célèbres, comme autant de modèles de réussite pour les HPI : abonnez-vous à ma newsletter si vous ne voulez pas manquer ces articles, et tous les suivants.
Cyril Barbé



