Pourquoi les HPI / multi-potentiels ont souvent plus d’idées de business que de clients ?

Créer son entreprise fait rêver de nombreux HPI / multi-potentiels.

Ils sont très autonomes et apprennent vite, imaginent des concepts innovants, repèrent des opportunités et captent les signaux faibles facilement, et leur créativité est un formidable atout entrepreneurial.

Pourtant, beaucoup accumulent les projets sans jamais en développer un suffisamment pour qu’il devienne réellement viable.

Pourquoi les HPI sont-ils particulièrement concernés par ce phénomène ? Quelles conséquences sur leur motivation, leur confiance en eux, leur estime d’eux-même ? Et comment transformer ce foisonnement d’idées en véritable levier de réussite entrepreneuriale ? C’est ce que j’explore dans ce nouvel article.

Quand les idées deviennent plus nombreuses que les décisions

La plupart des entrepreneurs cherchent des idées.

Les HPI / multi-potentiels au contraire, cherchent beaucoup plus souvent à choisir parmi les dizaines d’idées qu’ils ont déjà. Chaque rencontre, lecture, conférence ou conversation peut en effet déclencher une nouvelle piste.

Cette richesse intellectuelle est une vraie force, mais a contrario elle peut devenir aussi un véritable piège : il devient de plus en plus difficile de choisir, et de prendre des décisions.

Car choisir un projet revient aussi à renoncer temporairement à tous les autres, et au stade de l’idée, l’entrepreneur n’a quasiment aucun moyen objectif de détecter laquelle ou lesquelles ont plus ou moins de chances d’aboutir. Et la décision devient cornélienne pour un HPI, qui ne veut surtout pas se tromper.

Le piège invisible : la passion pour la phase de création – démarrage

Les profils multi-potentiels adorent cette phase de découverte et défrichage, où il faut à la fois imaginer, concevoir, explorer, apprendre, et éventuellement expérimenter.

Mais une entreprise ne se développe pas uniquement sur la base d’une idée. Passer de l’idée au projet est même la phase la plus intense, la plus difficile, la plus longue. Elle suppose d’engager du temps, voire de l’argent, et aussi d’oser se mettre en avant et se tester auprès des premiers prospects.

Tout cet investissement est difficile pour un HPI, qui craint l’échec et n’aime pas trop se mettre en avant.

De plus, la phase de mise en œuvre peut aussi signifier de répéter, optimiser, et structurer, et ce n’est pas ce que préfèrent faire les HPI, qui ont sans cesse besoin de stimulation et de nouveauté.

Un nouveau projet paraît alors plus excitant que celui qui est déjà en cours.

D’autres mécanismes en jeu plus inconscients

Au-delà de cette passion, se jouent aussi des mécanismes psychologiques plus inconscients :

  • La peur de perdre son identité plurielle / multiple : renoncer à certains projets ou certaines dimensions de son projet signifie pour un HPI perdre sa multiplicité, qui fait son identité, et c’est inacceptable. De plus, c’est souvent au croisement de ses différentes dimensions qu’il trouve ses idées les plus innovantes.

Pourtant, choisir aujourd’hui ne signifie pas choisir pour toujours, mais simplement donner une chance réelle à une idée de produire ses effets.

  • La peur de ne pas réussir, et l’autosabotage : plus encore, certains HPI peuvent volontairement interrompre leur projet, comme une preuve supplémentaire qu’ils n’ont pas les aptitudes à entreprendre, et une confirmation de certains messages négatifs reçus, dans une logique – bien inconsciente – d’auto-sabotage.
  • La sur-adaptation qui les freine dans leurs choix : les HPI ont souvent tendance à faire plus confiance aux avis des autres qu’à leur propre avis, même quand ils sont convaincus d’être dans la bonne voie. Par ailleurs, par besoin de se sentir acceptés, ils se laissent facilement influencer par les autres, dans une logique de sur-adaptation. Et de ce fait, ils peuvent en perdre leurs forces profondes, leur identité, et cela les freine encore plus dans leur choix avec un projet aligné avec eux-mêmes.

J’ai l’exemple d’un client ingénieur, qui me parlait depuis des semaines d’un projet de conseil destiné aux grandes entreprises. Et lors de notre dernière séance, il me montre son projet de site web qui mentionne sa passion pour l’artisanat et les métiers d’art, qui l’ont toujours passionné. Il s’était en quelque sorte déconnecté de ce sujet, et n’avait plus conscience à quel point cette dimension devait être prépondérante dans son projet. Notre séance a radicalement changé la nature de son projet, devenu beaucoup plus aligné avec lui.

Pourquoi ces mécanismes fragilisent la réussite entrepreneuriale ?

Changer régulièrement de direction entraîne plusieurs conséquences :

  • Une dispersion de l’énergie : chaque nouveau projet réclame du temps, de l’attention et des ressources.
  • Une absence d’effet cumulatif : les efforts sont relancés à zéro au lieu de produire des résultats croissants.
  • Une perte de confiance progressive : après plusieurs projets interrompus, certains finissent par conclure « Je suis incapable d’aller au bout. ». Alors que le problème n’est pas le manque de capacité, mais le manque de connaissance de soi pour canaliser ces capacités originales.
  • A terme, c’est même une perte d’estime de soi, qui peut mener dans certains cas à une forme de dépression.

Comment transformer ce foisonnement en avantage concurrentiel ?

Car oui, le but n’est pas seulement de surmonter cette tendance au foisonnement et réussir à choisir, mais bien de faire de ce foisonnement une vraie force discriminante.

Je vous livre ici mes principaux conseils, à appliquer en fonction de votre situation personnelle.

1.      Capturer toutes les idées sans les lancer immédiatement

Créer une liste d’opportunités, et la rédiger par écrit, permet de rassurer le cerveau sans disperser l’action.

2.      Évaluer les projets selon des critères précis

  • Désir : paradoxalement, ce n’est pas le critère le plus simple pour les HPI qui sont souvent dans la sur-adaptation, voire la perte identitaire.
  • Compétences : là aussi ce n’est pas tant discriminant car les HPi apprennent vite dans beaucoup de domaines. Mais dans ce cadre, il vaut mieux se fier à ses forces (plus innées, concept scientifique issu de la psychologie positive) qu’à ses compétences (apprises).
  • Marché : les HPI sont très doués pour détecter les potentiels de marché, à un détail près : leurs projets sont souvent avant-gardistes, et destinés à un marché émergent et de niche, mais ils n’en ont pas conscience. Et ils peuvent donc mal l’évaluer.
  • Energie nécessaire : les HPI peuvent parfois sous-estimer l’énergie nécessaire pour faire aboutir un projet, et ainsi se décourager trop vite.
  • Cohérence avec ses valeurs : sur ce point, les HPI ont beaucoup de valeurs ancrées en eux, et sont plutôt très discriminants.

3.      Se donner une période d’engagement minimale

Cette période d’engagement doit aussi être suffisante pour véritablement tester le projet auprès de prospects potentiels, par exemple six mois.

Problème : les HPI vont vite, mais repoussent l’échéance de se tester auprès de prospects.

4.      Considérer les nouvelles idées juste comme des ressources, et non comme des urgences

Toutes les idées n’ont pas besoin d’être exécutées immédiatement. En revanche, il peut être pertinent de se poser les questions systématiques suivantes :

  • En quoi cette nouvelle idée peut-elle nourrir (ou au contraire freiner) mon projet actuel ?
  • Cette nouvelle idée est-elle plus pertinente que mon projet actuel par-rapport à mes critères ?
  • Cette nouvelle idée a-t-elle plus de chances d’aboutir (ou moins) que mon projet actuel ?

5.      Travailler sa sur-adaptation et son estime de soi

En effet, trouver sa voie suppose d’abord de bien se connaître, et savoir définir ses envies profondes ! Ce qui est loin d’être simple pour un HPI, qui est souvent dans la sur-adaptation.

Il s’agit donc de travailler son estime de soi pour ne plus dépendre du regard des autres, et ainsi se reconnecter à ses besoins profonds et authentiques.

Travailler ses émotions peut aussi jour un rôle clé : en effet, les HPI sont plus sensibles que la moyenne, et peuvent s’être déconnectés d’émotions trop intenses et trop douloureuses, or leurs émotions ont aussi beaucoup à leur apprendre sur ce qui les nourrit vraiment, sur leur personnalité, et donc les sujets qu’ils auraient vraiment envie de faire aboutir sur la durée.

Conclusion

Les HPI / multi-potentiels ne manquent généralement ni de créativité ni d’opportunités.

Leur défi consiste davantage à choisir, persévérer et laisser le temps agir.

Car dans l’entrepreneuriat, la réussite dépend rarement de l’idée parfaite, mais plus de la capacité à la mettre en œuvre, et donc à rester suffisamment longtemps au même endroit pour permettre à cette idée de grandir.

Et leur dilemme concernant le choix n’est souvent qu’un symptôme du qu’ils se sont déconnectés de leur personnalité authentique, et qu’ils n’ont pas conscience que c’est dans la multiplicité qu’ils peuvent se démarquer, contrairement aux canons de la beauté entrepreneuriale.

Et vous ?

Avez-vous plutôt tendance à manquer d’idées, ou à en avoir tellement qu’il devient difficile d’en choisir une ?

Ou encore d’avoir du mal à oser vous lancer dans l’entrepreneuriat ?

Ce sujet fait aussi partie des thèmes que j’approfondirai lors de mon prochain webinaire du mardi 22 septembre 2026 à 18h30 consacré aux HPI et multi-potentiels déjà entrepreneurs ou qui envisagent d’entreprendre :

Suite de cet épisode

Si cet article vous a parlé, n’hésitez pas à me suivre pour découvrir les prochains épisodes de cette série consacrée aux défis entrepreneuriaux des HPI. Dans le prochain, j’explorerai la question suivante : « pourquoi êtes-vous excellent, mais difficile à vendre ? »

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