L’ennui au travail est souvent associé à des tâches répétitives, un manque de responsabilités, une absence de perspectives, voire une forme de mise au placard. Cet ennui peut parfois prendre une forme aigüe, le « bore-out ».
Les profils HPI / multi-potentiels sont particulièrement concernés par ce phénomène. Mais il prend une forme beaucoup plus paradoxale, car cet ennui peut apparaître alors même que tout semble aller bien.
Et au sentiment de lassitude s’ajoute alors une grande culpabilité : pourquoi ressentir cela alors que le job est intéressant, et que tant de personnes aimeraient être à cette place ? Et dans ces situations, les profils HPI tendent à prendre des décisions radicales, pas toujours positives pour leur carrière.
Comment se manifeste concrètement cet ennui chez les profils HPI ? Pourquoi sont-ils particulièrement concernés ? Quels risques lorsqu’il est ignoré trop longtemps ? Et surtout, comment retrouver une forme d’élan sans remise en cause brutale ? C’est ce que j’explore dans cet article.
Comment se manifeste concrètement cet ennui ?
Chez les profils atypiques, l’ennui ne ressemble pas vraiment à l’image classique d’une personne démotivée ou passive. Au contraire, beaucoup continuent à être très investis et engagés professionnellement.
Mais intérieurement, d’autres signaux apparaissent progressivement, et notamment :
- Une difficulté à se mobiliser sur un nombre croissant de situations ou missions
- Le sentiment de ne plus apprendre suffisamment, de manquer de challenge
- Un sentiment de vide cognitif et émotionnel
- Une sensation de fonctionner « en pilotage automatique »
- Une fatigue intellectuelle qui devient ensuite physique et morale
- Une tendance à chercher des stimulations ailleurs : nouveaux projets, nouvelles idées, changements fréquents, distractions multiples, voire … addictions.
Et surtout, ce phénomène peut survenir dans des contextes objectivement favorables : poste valorisant, autonomie, bonnes relations humaines, reconnaissance hiérarchique. Ce qui rend ce malaise d’autant plus difficile à verbaliser, à assumer, et donc à gérer pour la personne concernée.
Pourquoi les HPI sont-ils particulièrement touchés par ce phénomène ?
L’ennui professionnel existe chez beaucoup de salariés. Mais plusieurs mécanismes rendent les HPI particulièrement sensibles à cette problématique.
Un besoin de stimulation intellectuelle plus élevé que la moyenne
Beaucoup de HPI ont besoin d’un niveau important de complexité, de nouveauté ou de réflexion pour se sentir engagés et motivés.
Or la complexité et la nouveauté sont plutôt rejetés par la plupart des autres collaborateurs : ils recherchent au contraire une forme de stabilité et de simplicité, de répétabilité, pour se sentir bien dans leur poste et en confiance. C’est aussi ce que ressentent les managers de HPI : pensant bien faire et les protéger, ils vont leur limiter la complexité et les nouveautés.
Et quand les HPI concernés en réclament plus, on va plutôt freiner des quatre fers.
Ce qui stimule encore fortement certaines personnes est souvent largement insuffisant pour eux, et ce décalage crée alors une incompréhension réciproque :
- L’entourage estime que la situation est très satisfaisante et qu’il n’y a donc aucun problème,
- La personne concernée ressent un vide intérieur, et se sent incomprise.
Une capacité d’apprentissage rapide
Les profils HPI vont plus vite pour beaucoup de choses, à commencer pour apprendre et s’adapter.
Là où la plupart des personnes aura besoin de plusieurs années pour maîtriser un poste, un HPI peut avoir le sentiment d’en avoir fait le tour au bout d’un an.
Or là encore, le management n’a pas conscience de cela, et ne peut imaginer que ce soit possible. Et n’envisage donc pas de changement de fonction aussi rapide, qui plus est dans une entreprise à la culture traditionnelle.
Ce besoin de changement peut aussi être dû au manque d’innovation en interne : un contexte d’entreprise aux cycles très longs, à l’environnement trop stable ou répétitif, va être d’autant plus propice à ce sentiment d’ennui.
Un haut niveau d’exigence et une forte intensité intérieure
Les HPI vivent souvent avec une forte intensité cognitive et émotionnelle. Ils aiment comprendre, créer, résoudre des problèmes, explorer, anticiper, …
Lorsque leur environnement professionnel ne nourrit plus suffisamment cette intensité, une sensation de sous-utilisation peut apparaître, comme un moteur fonctionnant en sous-régime.
Plus généralement, ils ont un niveau d’exigence plus haut que la moyenne : ce qui convient à la plupart est loin de les satisfaire (c’est d’ailleurs ce qui les conduit parfois à une forme de perfectionnisme).
Pourquoi cet ennui est-il souvent minimisé ?
Les réactions naturelles de HPI qui s’ignorent, voire qui font un déni de différence, sont les suivantes :
- Cet ennui leur semble « irrationnel » : après tout, la situation est bonne, au moins du point de vue de ses managers et collègues.
- Ils se remettent en cause eux-mêmes d’abord, et ne remettent pas en cause le contexte : « pourquoi suis-je incapable de me satisfaire d’une bonne situation ? », « suis-je trop exigeant.e ? », « un éternel insatisfait ? »
- Ils n’ont pas conscience que leur vitesse, leur exigence, leur besoin d’apprendre, de challenge, et de nouveauté, sont autant de modes de fonctionnement authentiques, et non pas des dysfonctionnements à régler.
- Et puis, ils ont tellement su s’adapter jusqu’à présent ! Mais leur sur-adaptation a des limites dans le temps.
Et le problème est que, plus cet ennui profond dure longtemps, plus les effets sont délétères et durables.
Quelles conséquences lorsque cet ennui est ignoré trop longtemps ?
Une baisse progressive de l’énergie
Le premier impact de cet ennui est bien sûr la perte d’énergie. Et comme celle-ci se fait de façon progressive, la personne concernée a du mal à l’analyser au départ. Cette perte d’énergie se traduit sur tous les plans :
- D’abord mental (moindre aptitude à réfléchir)
- Puis physique
- Et enfin moral et psychologique.
Une perte de confiance et d’estime de soi
Au plan psychologique, l’effet le plus visible chez les HPI est la perte de confiance en soi et d’estime de soi, avec les conséquences suivantes :
- Une difficulté à analyser la situation de façon objective, et surtout à trouver les tactiques adaptées.
- Une dégradation des performances personnelles (*)
- Une dégradation des relations interpersonnelles
(*) J’ai notamment accompagné une manager dans l’industrie qui avait alors adoptée une attitude de repli sur elle-même, ressentie par son équipe comme une forme de harcèlement, alors même qu’elle avait une grande empathie pour ses collaborateurs.
Des décisions brutales et impulsives
Lorsque l’ennui a été trop longtemps ignoré, et que leur niveau de frustration accumulé devient trop important, certains HPI peuvent adopter des réactions impulsives. Ils peuvent alors :
- Démissionner rapidement, sans solution de repli derrière
- Changer totalement de voie, se mettant en grand inconfort, voire en danger dans leur carrière (*)
- Ou encore, adopter une posture cassante avec leur entourage, et dégrader rapidement leurs relations professionnelles.
(*) Anecdote : j’ai accompagné un cadre qui, a opéré un changement brutal d’orientation dans sa carrière. Et il s’est alors mis en situation de grand inconfort, et d’échec, avec des conséquences sur sa carrière et sa confiance en lui. De plus, il n’a pas pu vraiment tirer d’enseignements de cette expérience, car il y avait trop de changements brutaux pour savoir lesquels étaient bons pour lui, ou pas.
Une forme de dispersion, voire une tendance aux addictions
Pour retrouver de la stimulation, certaines personnes multiplient, parfois jusqu’à l’épuisement, les projets, les idées, les sollicitations, et tombent dans une forme de dispersion. Celle-ci est renforcée par 2 dimensions :
- L’éclectisme naturel des HPI, qui leur fait s’intéresser à un grand nombre de sujets et domaines différents
- Le TDA/H quand ils sont concernés (la co-occurrence avec le HPI semble être très significative)
Enfin, c’est un phénomène encore mal étudié chez les profils HPI, mais ils peuvent aussi combler le vide intérieur qu’ils ressentent par une tendance aux addictions : nourriture, jeux, tabac, etc …
Et ces addictions ont un impact délétère sur leur santé physique et morale, et les conduisent à culpabiliser et à s’isoler encore plus, avec un effet de cercle vicieux.
Comment retrouver de la stimulation sans tout remettre en cause ?
La première erreur consiste souvent à penser que le problème est forcément soi-même, et pas l’environnement lui-même.
La seconde erreur est de réagir de façon émotionnelle : ce besoin de réactions impulsives est justement le signe d’un mal-être qu’il faut savoir traiter.
1. Reconnaître l’ennui comme un signal utile
L’ennui n’est pas forcément le signe d’un défaut à corriger sur soi, mais au contraire d’un environnement qui ne leur convient plus.
Et le but est d’identifier ce qui leur manque le plus :
- Nouveauté ?
- Autonomie ?
- Complexité dans leurs missions ?
- Apprentissage ?
- Qualité relationnelle ?
- Sens dans leurs missions ?
Cette clarification est essentielle.
2. Reconnaître et assumer ses modes de fonctionnement authentique
S’ils ressentent ces manques, c’est probablement que ces aspects sont vitaux pour eux, pour s’épanouir pleinement.
Et ce n’est pas parce que cela semble anormal, ou très différent du besoin de la majorité de leurs collègues, qu’ils doivent accepter d’y renoncer !
Mais le tout est de savoir le reconnaître, et l’assumer, ce qui est loin d’être simple.
3. Savoir exprimer ses besoins à sa hiérarchie
Assumer ses modes de fonctionnement est une chose, savoir exprimer ses besoins en est une autre. Une des difficultés des HPI est que, avec leur tendance à la sur-adaptation, mais aussi leurs réactions parfois impulsives, ils ont perdu en assertivité et ont appris à se taire.
Au risque justement de renforcer encore plus cet ennui et ces frustrations.
Développer – voire restaurer – son assertivité se travaille : cela passe aussi par un travail sur ses émotions, ce qui ne peut se faire par des techniques classiques, qui ne sont pas adaptées à la très forte intensité et vitesse des émotions des HPI.
Exprimer ses besoins suppose aussi de savoir précisément quoi demander :
- Un nouveau poste ?
- Plus de responsabilités ou de management ?
- Des collègues plus stimulants ?
- Des projets transverses, plus complexes ?
- Un contexte plus dans l’innovation, la transformation ?
- Un management plus adapté, plus inspirant et laissant plus d’autonomie ?
- De la formation ?
- De l’intrapreneuriat ?
Ou faut-il clairement envisager de quitter l’entreprise pour retrouver un environnement qui leur convient mieux ?
Travailler en parallèle son estime de soi
Comme déjà indiqué, le manque d’estime de soi est central chez la plupart des HPI. Et se renforce en situation d’ennui. Il est donc essentiel de travailler ce point en parallèle du fait de traiter les causes racine de cet ennui.
Mais travailler son estime de soi ne peut se faire seul, même pour un HPI très apte à l’introspection, et pas par de la simple formation.
Pourquoi se faire accompagner est décisif dans ces situations ?
- Parce que traiter l’ennui implique de sortir de la sur-adaptation, qui a été pendant des années un réflexe d’autoprotection du HPI, et qu’il a donc de nombreux freins inconscients dans ce mécanisme
- Parce que l’ennui touche à des sujets sensibles comme le sens, les émotions, l’estime de soi, l’intensité du travail …
- Parce que le HPI se sent isolé et incompris dans son mal-être
- Parce que le HPI fait souvent un déni de différence, et sur ce sujet lui-même du HPI, ce qui l’empêche d’avancer dans sa compréhension du phénomène
Pour aller plus loin
Si ce sujet de l’ennui résonne en vous, et plus généralement ces mécanismes qui vous poussent à prendre des décisions radicales dans votre carrière, je vous propose d’explorer ce sujet plus en profondeur lors de mon prochain webinaire gratuit dédié aux HPI et multi-potentiels, le mardi 7 juillet 2026 à 18h30.
Si vous cherchez à développer votre autonomie tout en renforçant vos connexions humaines, à échanger avec d’autres personnes qui fonctionnent comme vous, et vous approprier vos modes de fonctionnement spécifiques pour en faire des atouts dans votre vie professionnelle, participez à ma formation-action Masterclass HPI :
La 4ème session démarre le mardi 13 octobre 2026 à Paris.
Vous pouvez aussi me partager vos avis ou questions sur ce sujet de l’ennui en commentaire ou en message privé.
Et dans un prochain article, j’irai plus loin en explorant une autre situation très fréquente chez les HPI en entreprise « aller plus vite que son manager, atout ou piège » : abonnez-vous à ma newsletter si vous ne voulez pas manquer cet article, et les suivants.
Cyril Barbé



