Bienveillant et performant, c’est possible !

Voilà des années que je réfléchis à cette question de la bienveillance, sujet sur lequel j’ai partagé avec pas mal de personnes. Il y a un an, je croise mon ami Jean-Ange Lallican, qui me propose de lancer un mouvement sur la bienveillance au travail, et dans la foulée, un premier colloque sur ce sujet : je lui réponds évidemment que je suis partant pour l’aider dans ce beau projet. Le colloque s’appelle OhHappyBreizh puisque sa première édition se tient à Rennes en Bretagne, le vendredi 22 novembre prochain.

La bienveillance : késaco ?

Le Larousse décrit la bienveillance comme une “disposition d’esprit inclinant à la compréhension, à l’indulgence envers autrui”. En y regardant de plus près, une erreur historique sur l”origine étymologique de ce mot nous a conduit à un détournement de son sens, qui aujourd’hui est assimilé à la gentillesse, alors qu’il s’agit plutôt d’exercer une bonne vigilance, d’être attentif. On peut néanmoins trouver des points communs entre ces deux interprétations : vouloir le bien de l’autre, veiller à son bien-être ou à son respect.

Pour ma part, derrière ce mot je parle souvent de suspendre son jugement : en effet comme je l’écris dans un autre article à ce sujet, nous évaluons de plus en plus les autres et nous-mêmes, en étant toujours plus exigeants. Suspendre son jugement ne signifie pas l’annuler. Il s’agit de considérer la possibilité que l’autre ait raison, qu’il puisse avoir le droit de s’exprimer différemment, qu’il ait aussi le droit à l’erreur. Dans le cas où il s’est réellement trompé, cela suppose aussi de respecter la personne dans notre attitude, notre regard, en évitant d’être dégradant ou méprisant.

Pourquoi autant d’articles sur la bienveillance aujourd’hui ?

Je n’ai pas d’explication vraiment sérieuse et scientifique, ce serait d’ailleurs intéressant de conduire des études à ce sujet. Ma sensation est que, dans un monde conduit par l’argent et la finance (quoi qu’en disent justement les premiers concernés), dans une société de l’accélération, et dans une période de difficultés économiques, environnementales, et sociétales, l’histoire montre que la majorité des Hommes adopte toujours un comportement plus individualiste et de repli sur soi.

C’est particulièrement vrai dans le monde professionnel où c’est la compétition qui règne ; c’est vrai par rebond dans le monde éducatif, qui se calque indirectement sur le précédent, car il faut de préférence faire partie des premiers pour accéder aux meilleurs écoles, et par conséquent aux meilleurs postes, aux meilleures carrières (même si cette logique a fait long feu). Or la compétition, c’est d’abord arriver devant les autres, et donc peu propice à la bienveillance, au moins à priori.

La bienveillance : un truc à la mode ?

Alors on pourrait conclure que notre société n’est faite que de cycles : parfois empreints de bienveillance, et parfois moins. Et que actuellement il faut certes remettre un peu de bienveillance dans nos habitudes mais que cela ne durera pas ? Je me fierai plutôt à une analogie avec le monde du vivant (dont nous faisons tous partie par ailleurs) : la coopération et la compétition cohabitent en permanence, dans un équilibre sans cesse renouvelé.

Donc oui, peut-être que cet équilibre n’est plus comme il devrait pour garantir le bien-être et la performance de tous. Mais surtout, cette bienveillance vient aussi servir l’intelligence collective, dont tout le monde parle actuellement, parce qu’elle nous est indispensable à relever les défis qui se présentent à nous, toujours plus complexes. Donc personnellement je ne le qualifierai certainement pas d’effet de mode.

La bienveillance, c’est baisser notre niveau d’exigence ?

Bienveillance et exigence sont parfaitement compatibles. Quelques idées pour le démontrer :

  • bienveillance, c’est surtout dans la forme : mon attitude, mon regard, mes mots, sont respectueux de la personne, mais sur le fond, cela ne m’empêche pas de dire ce que je pense, de la façon la plus neutre possible.
  • bienveillance, c’est aussi savoir quoi dire et à quel moment : on ne peut pas tout dire à l’autre, ou pas à certains moments difficiles pour cette personne. On peut aussi y aller par étapes, en respectant le rythme et la capacité de l’autre à progresser.
  • avoir un haut niveau d’exigence vis à vis de l’autre, en tout cas adapté à chacun, est un facteur de progrès. Baisser son niveau d’exigence est à l’inverse toujours synonyme de découragement, même si c’est un peu contre-intuitif. Donc être exigeant c’est aussi une forme de bienveillance.

Comment être plus bienveillant ?

C’est la question la plus difficile. Il y a déjà 3 ans que je me pose cette question, alors que je cherchais à construire une formation à la bienveillance. C’est un projet que j’ai mis en suspends, d’une part parce que chacun mettant derrière ce mot des ambitions et objectifs différents, le risque est de ne répondre à personne de façon idéale. D’autre part parce qu’il y aurait certainement des milliers de façons de procéder. Enfin parce que un comportement bienveillant pour certains ne sera pas perçu comme tel par d’autres, et vice versa.

Je n’ai pas abandonné pour autant. Mes quelques conseils à ce sujet :

  • Observer comment les autres se comportent vis à vis de vous-mêmes : quand vous les trouvez bienveillants, que font-ils, que disent-ils, quelle est leur attitude ? Mêmes questions quand vous percevez qu’ils ne sont pas bienveillants ? Notez ces éléments pour les intégrer dans vos propres comportements.
  • Adoptez un comportement “d’enfant” : les enfants très jeunes sont en général bienveillants. Ils n’ont pas de positions sociale à défendre, n’ont pas à se justifier, n’attendent pas de résultat de la part des autres, et donc sont moins dans le jugement, ou alors dans un jugement très respectueux.
  • Si vous ne comprenez pas ce que dit l’autre, la question qu’il vous pose, la réponse qu’il vous fait, pratiquez d’abord la reformulation, pour vous assurer d’avoir bien compris, et seulement ensuite vous pouvez apporter votre retour, votre jugement.
  • Pensez que la majorité des êtres humains sont bons, et donc qu’ils veulent à priori votre bien. Pas besoin donc de les contrôler, de les manipuler, ou de les sanctionner pour en obtenir le meilleur. Si vous adoptez pour tous des attitudes qui ne seraient destinées qu’aux 3% de “tricheurs” et “fraudeurs” (comme le dit très bien Jacques Lecomte dans son ouvrage “Les entreprises humanistes, comment elles vont révolutionner le monde”), alors vous n’obtiendrez pas du tout l’effet escompté.

Comme le dit très bien Antoine de Saint-Exupéry – ou plus exactement le Petit Prince – “on ne voit bien qu’avec le cœur, l’essentiel est invisible pour les yeux”.

Dernier conseil : ne vous fiez pas seulement à cet article ! Allez voir ailleurs, lisez des ouvrages, écoutez des émissions sur ce sujet. Et puis venez à notre premier colloque sur le sujet vendredi 22 novembre prochain à Rennes : OhHappyBreizh !