Retour à la normale … ou début de rupture ?

La fin du confinement sonne comme un retour à la normale, ou presque, enfin. En réalité, elle semble au contraire annoncer la confirmation de changements radicaux dans notre société, et donc dans nos habitudes professionnelles : généralisation du télétravail, nouveaux modèles écoomiques, relocalisations, mais aussi de nouveaux besoins ou inquiétudes pour nos collaborateurs. Les vacances d’été sont là pour amortir cette nouvelle rupture, mais nous devons tous nous y préparer et anticiper ses impacts à partir de septembre.

Changement radical de management

Il n’existe presque pas d’entreprise ou d’organisation en France qui n’ait pas, plus ou moins contrainte ou forcée, mis en oeuvre le télétravail pour une immense majorité de ses collaborateurs à l’occasion du confinement. La conséquence ? Nombreux sont ceux qui y ont trouvé avantages – gain de temps, de fatigue, d’autonomie, entre autres, là où ils trouvaient jusque là toutes les bonnes raisons pour ne pas y aller.

Au delà des avantages, le télétravail a remis profondément en cause nos actuels modes de management. La distance a en effet conduit à une forme d’autonomie, qui a deux conséquences importantes. La première est qu’un retour en arrière sur ce niveau d’autonomie est quasi -impossible (« essayer c’est approuver »), et que les managers doivent intégrer cette nouvelle autonomie dans leur mode de fonctionnement. La seconde conséquence est que, pour ceux qui sont mal à l’aise avec cette autonomie, ils se sentent déstabilisés, inquiets de ne pas bien faire, et parfois surchargés par des responsabilités qui les dépassent, ce qui conduit tantôt à l’inquiétude, tantôt à la colère.

Conséquence, en plus de savoir encadrer en donnant plus d’autonomie, les managers devront aussi développer leur intelligence émotionnelle, leur sensibilité, pour mieux adapter leur comportement vis à vis de ceux qui s’adaptent mal à la situation. Il faudra que les managers sachent aider, accompagner, rassurer, pour ne pas risquer qu’un fossé se produise entre ceux qui ont pris le virage du changement avec plaisir, et ceux qui freinent des quatre fers.

Relocalisations

Avec le quasi arrêt de tous les transports, qu’ils soient terrestres, maritimes, aériens, durant presque deux mois, et une reprise timide aujourd’hui, la question est désormais sur toutes les lèvres : ne devrais-je pas relocaliser ma production, et plus encore, toute ma chaîne d’approvisionnement ? Qui plus est avec des contraintes sanitaires renforcées.

Une relocalisation ne s’organise pas du jour au lendemain, c’est au contraire un projet de longue haleine, qui se construit pas à pas. Autant dire que l’anticipation et le mode projet sont donc deux qualités essentielles à vos collaborateurs pour s’y engager. De plus, ces relocalisations impliquent de nouveaux contacts, de nouveaux partenaires, et ce n’est pas parce que ceux-ci sont des locaux que la communication sera forcément facile. Toutes vos équipes devront adopter des comportements d’ouverture, de bienveillance, et même d’humanisme (si si), pour réussir à convaincre ces nouveaux contacts, car l’engagement vient avec la motivation, qui découle de la confiance mutuelle, qui elle-même dépend de la qualité des contacts engagés.

De nouveaux modèles économiques

La restauration est sans doute le domaine économique qui aura payé et paiera le plus lourd tribut au confinement. Mais déjà on voit poindre les futurs grands gagnants de ce changement en rupture : ceux qui, très vite, ont pris le pas de la restauration à emporter entre autres. Dans la grande distribution, le mouvement vers plus de local et plus de bio a été catalysé et fortement accéléré par le confinement. Une des conséquences est que les hyper (très grandes surfaces) déjà mal en point risquent de péricliter très vite, au profit de surfaces plus petites, plus proches, plus spécialisées.

Dans l’industrie, certains ont pris des virages à 90° : un fabricant de pulls en laine qui s’est mis à la fabrication de masques en tissus. Bien sûr ce marché est éphémère, tout du moins on peut l’espérer. Mais ce genre de virage n’est certainement pas le dernier, tant nous vivons actuellement et vivrons encore des changements brutaux et imprévisibles. Cela implique une grande agilité des équipes, une grande souplesse d’esprit, et donc, un management qui favorise la motivation, la confiance en soi, et le bien-être au travail, tous ces facteurs qui génèrent plus d’émotions positives que négatives, et qui permettent un fonctionnement optimal de notre cerveau, comme l’ont montré les neurosciences cognitives.

Développer sa résilience

Pour faire face à tous ces enjeux, savoir anticiper et se battre contre les tsunamis économiques, sociologiques qui nous arrivent en septembre, il faut aussi développer une forme de résilience, cette capacité à contrôler ses réactions face à l’adversité, à surmonter les difficultés, et même à en tirer du positif pour l’avenir.

Oui, plus que jamais, il faut savoir anticiper cette 2nde vague, économique celle-là, qui se prépare pour la rentrée, qui sera probablement accompagnée comme souvent dans ces cas là d’une vague de mouvements sociaux.

Les gagnants de ce nouveau défi sont ceux qui auront compris et anticipé tout cela, et se seront préparé avant les autres.

Cyril Barbé