La gratitude, un truc de bisounours ?

En ces temps de rentrée, les esprits sont surtout concentrés sur des sujets très terre-à-terre : avons-nous pensé à tout acheter pour la rentrée des enfants, le logement du grand qui entre à l’université est-il confirmé, quels profs auront-ils cette année, comment vont-ils s’y adapter et réussir leurs examens ?

Au plan professionnel ce n’est pas mieux : que va-t-il me tomber sur la tête à la rentrée ? Quelle mission nouvelle que je n’aimerai pas ou pour laquelle je ne me sentirai pas compétent ? Mon chef fera-t-il la tête comme avant les vacances ?

Bref, pas une ambiance nécessairement propice à la gratitude tout ça.

D’ailleurs de quoi parle-t-on ? Est-ce une nouvelle tendance post-soixante-huitarde destinée à se sentir mieux à l’intérieur, comme cette marque de yaourts ? Est-ce la dernière activité à la mode après la zumba et la méthode Pilates ?

Non, rien de tout cela. La gratitude c’est notre capacité à remarquer et à s’émerveiller de l’ordinaire, et à ne rien prendre pour acquis. C’est aussi la capacité à apprécier ce que l’on a, et savoir transformer des choses négatives en choses positives pour avoir de meilleures perspectives sur la vie. La gratitude peut donc être dirigée à la fois envers une personne, mais aussi envers une situation, un paysage, ou la vie en général, et donc elle peut être simplement cultivée en soi.

Que dit la recherche scientifique sur ce sujet ? Selon Rebecca Shankland, Docteur en psychologie positive et prévention de la santé à l’Université Pierre Mendès France à Grenoble, la gratitude est « une émotion complexe dite positive car agréable et à impacts positifs ».

Sonja Lyubomirsky quant à elle, professeure également en psychologie positive à l’Université de Californie, dit qu’exprimer de la gratitude est une « forme de stratégie pour atteindre le bonheur ». Car oui, ceci a été démontré par plusieurs études scientifiques sérieuses, il y a un lien direct entre capacité et expression de la gratitude d’un côté, et le niveau de bonheur de l’autre.

Comment expliquer cela ? D’abord l’expression de notre gratitude nous permet de focaliser notre attention sur toutes les choses positives qui nous arrivent, et aussi de voir le positif dans les choses plus difficiles, comme par exemple le refus dans une école qui nous conduit à faire ailleurs une rencontre clé pour notre avenir. On s’habitue en effet rapidement aux choses positives, comme la richesse, les effets du mariage, ou encore les cadeaux reçus, cet effet d’habitude porte un nom : l’adaptation hédonique. Etre capable de gratitude permet donc de contrecarrer cet effet qui tend à nous faire rapidement oublier tout ce qui nous arrive de bien.

Ainsi, la gratitude stimule nos émotions positives, ce qui a des effets bénéfiques sur plein d’autres aspects, notamment notre capacité à prendre des décisions. En effet, il a été montré que la gratitude réduit l’impulsivité, qui nous fait prendre des décisions sous le coup des émotions, et donc pas de façon rationnelle. Les effets sur la santé ont aussi été montrés, car les émotions positives ont un effet sur une meilleure santé immunitaire. La gratitude améliore aussi l’image de soi, renforce notre énergie, et nous aide à créer des souvenirs positifs, ce qui contribue à développer notre résilience, et donc à surmonter les difficultés. D’après Christophe André, psychothérapeute et psychiatre spécialiste reconnu de la pleine conscience, la gratitude est aussi « bénéfique à la confiance en soi, car elle augmente le sentiment d’appartenance ».

En 2012, Florence Servan-Schreiber tenait une conférence TEDX à Paris sur ce thème, voici ce qu’elle en disait entre autres : « dans une étude conduite par Robert Emmons de l’Université de Davis en Californie, on a pu corréler la densité de gratitude dans les lettres de nonnes d’un couvent avec leur état de santé et leur longévité] [à tel point que l’on a pu chiffrer à 7 années de plus les effets de leur gratitude ». Elle parle aussi des « 3 kifs journaliers », et de ses effets visibles sur la santé et sur le niveau de bonheur.

Pendant un an, Florence a aussi offert pour ses amis et ses proches, en guise de cadeau d’anniversaire, une lettre de gratitude. Elle parle de l’effet incroyable de ces lettres de gratitude, pour ceux qui l’ont reçu d’abord, mais aussi pour elle-même.

Alors à la lumière de tous ces éléments, pourquoi faudrait-il encore considérer la gratitude comme une attitude de bisounours ? Serions-nous plus en position de faiblesse en exprimant notre gratitude à quelqu’un, y compris auprès de nos collaborateurs ? Serions-nous plus redevables ? Je ne le crois pas un seul instant.

La gratitude est l’un des sujets étudiés dans le cadre de la recherche scientifique en psychologie positive. C’est aussi un des concepts clés abordés dans la formation Parcours PEPS, pour Parcours en Education Positive et Scientifique, conçu par Laure Reynaud et Ilona Boniwell de ScholaVie.

Permettez-moi de vous adresser ma gratitude d’avoir lu cet article jusqu’au bout, et de vous souhaiter à tous une vie pleine et accomplie, grâce à la pratique de la gratitude !

Cyril Barbé